#PayeTonUterus, quand Twitter ose parler de l’intime qui fâche !


Aujourd’hui a été lancé sur Twitter le hashtag #PayeTonUterus par @Ondeejeune. Il avait pour but de rassembler des témoignages de personnes dotées d’un utérus (c’est-à-dire femmes cis, certaines personnes trans et des personnes non-binaires) par rapport à leur expérience avec le corps médical côté gynécologique. J’en tire plusieurs remarques, après avoir suivi les tweets postés avec ce HT au fil de la journée.
(Ajout : j’ai tenté d’être inclusive dans ce texte pour ne pas me la jouer cissexiste. Je n’y suis sans doute pas complètement parvenue, comme on me l’a fait remarquer et j’en suis désolée. J’aurais pu parler de “personnes ayant un utérus” tout le long mais c’est un peu compliqué à mettre dans chaque phrase concernée. Déjà que je fais des phrases alambiquées… Donc si quelqu’un parmi vous a une formulation à me proposer, n’hésitez pas, sur Twitter par exemple.)

chat02

1) C’est flippant. Même si je ne découvrais pas le sujet (j’ai participé au HT avec quelques tweets même si je me considère assez chanceuse sur le sujet), la multitude de tweets postés était effrayante, que ce soit par son nombre ou son contenu. Combien de témoignages de violences psychologiques, d’irrespect, de mépris, de méconnaissance, de condescendance, de paternalisme, de jugement moral ?! Les personnes trop grosses, trop minces, trop renseignées ou pas assez, trop exigeantes… aux yeux d’un corps médical qui peut avoir un vrai problème pour se remettre en question.
« Mais non, ça ne fait pas mal », « Oh vous êtes trop douillette », « C’est dans votre tête, voyons !! », « La pilule du lendemain ? Mais vous ne pouvez pas faire attention !! », « Votre libido a baissé ? Ah mais faut accepter les inconvénients, on ne peut pas tout avoir ! », « Quoi, vous n’avez pas encore d’enfant ? Mais faut vous dépêcher madame ! », « Un stérilet ?? Mais pas sur une nullipare, voyons !! », « Vous ne voulez pas d’enfant ? On va faire un examen hormonal, ce n’est pas normal », « Ah vous êtes lesbienne, vous n’avez pas de vraies relations sexuelles alors… », « Vous avez une copine ? Mais pourquoi vous voulez la pilule alors ? », etc.
Ils s’accumulent au fil des heures, épinglant les comportements foireux, infantilisants, dédaigneux, moralisateurs de gynécologues, pharmaciens et autres professions médicales qui semblent oublier que derrière les organes, il y a un individu, potentiellement anxieux, pas très à l’aise face à un rendez-vous un peu difficile, touchant au plus intime. Quelqu’un qui n’a pas spécialement besoin qu’on vienne lui balancer des réflexions inappropriées voire totalement indécentes tout en ne prenant pas en compte sa situation et ses préférences, notamment en terme de contraception. Eh oui, en 2014, en France, le corps de la femme (ou de l’homme trans ou de la personne non-binaire), ne lui appartient toujours pas totalement !!

2) On retiendra l’arrivée très rapide des tocards de la Manip pour tous, sautant sur l’occasion de balancer leur intégrisme à grands coups de montages photo ridicules anti-GPA. Sans doute n’avaient-ils pas pris la peine de jeter un œil aux tweets, se croyant là face à de méchants complotistes judéo-maçonnico-reptilio-LGBT tentant de corrompre la belle jeunesse de France avec leur insidieuse marchandisation des corps ? Toujours est-il qu’ils ont encore pu étaler leur bêtise crasse à ne jamais savoir écouter ou tenter de comprendre quelque chose. Quand ça veut pas, ça veut pas !

3) Mais ce ne sont pas les seuls à ne pas avoir pris la peine de se renseigner avant de balancer leurs tweets à grands coups de LOL et de MDR. Nombreux ont été les twittos à s’esclaffer devant le HT, ne prenant pas la peine de chercher à comprendre, voyant dans Twitter un simple outil kikoolol où il est totalement impossible d’avoir la moindre discussion un tant soit peu sérieuse. OK, pourquoi pas… mais un simple coup d’œil sur les tweets aurait pu leur permettre de comprendre la petite indécence de leurs propos face à la souffrance des témoignages.

4) On a bien sûr eu également droit aux dégoûtés façon “bouh utérus, c’est dégueu”. Par contre, “pénis”, “bite”, “couilles”,  no problem. “FDP”, “Crève”, “Je t’ai niqué connard” et autres menaces de mort, ça ne pose aucun souci non plus. OK. Noté.
Eh oui, certains ont ainsi découvert les mots règles, spéculum, utérus, toucher vaginal. Découverte brutale. Les femmes cis, hommes trans  et personnes non-binaires sont des êtres humains. Je sais, c’est choquant.

5) Ce qui me fait comprendre quelque chose d’assez désagréable : les F cis, H trans et personnes non-binaires n’ont pas d’espace de discussion safe où échanger sur ce genre de sujets. Et restent donc entouré(e)s d’ignorance, de préjugés et de ouï-dires aux origines parfois douteuses.
Beaucoup supportent depuis des années des situations totalement anormales en croyant que c’est la fatalité. D’autres pensent être bizarres alors que leur situation est parfaitement naturelle. Certain(e)s découvrent à l’occasion que les règles ne sont pas nécessaires (non, on n’a pas besoin d ‘être vidangé(e)s !!), que les règles de pilules sont de fausses règles et qu’il est parfaitement possible et sans risque de prendre une pilule en continue.
Il y a ceux/celles qui souffrent depuis des années à qui les médecins disent d’arrêter de faire leur douillette alors qu’ielles se trimbalent une endométriose qui devrait être prise en charge depuis longtemps. Etc., etc., etc.
Cet après-midi, des twittos ont pris la parole et ont osé dire tout haut ce qu’ielles vivaient. On peut se demander si Twitter est le lieu pour ça. Non, sans doute pas, mais où alors ? Ielles devraient pouvoir se fier à des médecins compréhensifs, ouverts et attentionnés qui mettent à leur disposition toutes les infos nécessaires, sans jugement ni question inappropriée. Ce n’est à l’évidence pas le cas à tous les coups, loin s’en faut.

Et comme d’habitude, quand cette parole a commencé à faire du bruit, elle a été immédiatement repérée par ceux et celles qui ne voulaient pas l’entendre. “Taisez-vous !”, “On s’en fout de votre utérus !!”, “vous ne vous respectez pas !!”, “C’est dégueulasse, comment vous osez !!”, “Je vais vomir, gardez ça pour vous”, etc. Silenciation. Encore. Toujours. Négation de la libre parole qui ne contient pourtant aucune haine, juste beaucoup d’amertume, de peur, de souffrance, de rage parfois aussi. On n’a pas le droit de parler. D’en parler. Nos problèmes intimes ne doivent pas être dévoilés, et ainsi, jamais discutés, pour que jamais rien ne change. Nos corps ne sont pas à nous, notre parole n’existe pas.

6) On a bien sûr eu droit aux males tears de ces pauvres hommes cis qui se sentaient exclus du débat et ont rapidement crié au sexisme. Ben oui, faut les comprendre, ils n’ont pas l’habitude que le monde ne tourne pas qu’autour d’eux. On a eu droit à quelques tentatives de #PayeTesCouilles qui bizarrement n’ont pas connu une forte popularité. Également quelques tentatives d’humour tellement fumeuses qu’on va d’office les oublier par respect pour leurs malheureux auteurs fort désappointés d’être ainsi relégués au bord de la route (oui, forcément, ça fait mal la première fois).
Pour les plus jaloux, je propose toujours l’expérimentation du spéculum dans le fondement. Si ça peut rendre service…

7) Notons aussi quelques membres du corps médical qui se sont sentis salis par toute cette hargne. Qui à l’évidence selon eux n’était là que pour les rabaisser et casser leur réputation. Oui, a priori, demander à respecter le corps et la dignité de ses patients, ce n’est pas acceptable, ils ont des diplômes, eux, ils savent, eux !
Sauf que le propos n’est aucunement de casser ou rabaisser, mais de témoigner de mauvaises habitudes pour qu’à l’avenir, les choses puissent changer et s’améliorer. Les F cis, H trans et personnes non-binaires n’ont pas à avoir la trouille d’aller chez le médecin, la trouille d’être ridiculisés, rabaissés, méprisés, la trouille d’avoir mal, de pleurer. C’est insupportable.
Nos corps. Nos choix. Nos vies.
Fort heureusement, il y a de bons médecins. Le tout est de tomber dessus.
Et je ne doute pas que des adresses et des noms aient circulé sur Twitter cet après-midi grâce à ce HT. Si cela permet à certain(e)s d’être mieux suivi(e)s, c’est génial.

Pas de jugement, pas de bonne morale, juste de l’information objective et bienveillante et l’instauration d’un dialogue équilibré et digne. Est-ce trop demandé ??

Une petite BD pour terminer : http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2011/06/tu-sauras-jamais.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s