Et revoilà le 8 mars !


Bientôt le 8 mars. Une date qui a le don de m’agacer depuis quelque temps.
Je n’ai rien contre le 8 mars en lui-même, entendons-nous bien, mais ce qu’on en a fait.

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Jusqu’à il y a peu, je n’avais pas trop cherché et croyais qu’on fêtait ce jour-là la Journée de la femme*. Ce qui m’agaçait prodigieusement. Quelle générosité de donner un jour sur 365 pour fêter la moitié de l’Humanité ! Et qu’on vous offre des roses dans les centres commerciaux, et qu’on vous fait des super offres sur de l’électro-ménager, et qu’on… STOP ! Tout ce que le marketing a de plus médiocre et de plus mesquin semble de sortie ce jour-là pour bien faire comprendre aux femmes où devrait être leur place : à la maison pour s’occuper du logis en se faisant belle pour leur jules. Bienvenue en 1955.

Et puis j’ai vu que le 8 mars, ce n’était pas la Journée de la femme – formulation tout de même horriblement débile, c’est quoi « LA FÂME !! » ? – contrairement à ce qu’on peut lire PARTOUT, y compris sur des sites officiels (ONU francophone : journée internationale de la femme… Argh…) qui a priori ne se rendent pas compte de l’insupportable connerie de leur écrit. Mais la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
Autrement dit, ce n’est pas un jour où on célèbre la féminité dans tous les clichés que ce terme peut colporter – vous savez, la femme douce, sensible, émotive, attentive, gentille, maternelle, prévenante, faible, fragile et autres adjectifs censés bien faire comprendre que c’est un joli objet qu’il faudrait garder planqué dans un coin pour ne pas le casser – mais un jour où, façon ravivage de la flamme du soldat inconnu, on fait le bilan de l’année écoulée en terme d’avancées (ou l’inverse, bien souvent) au niveau des droits des femmes de par le monde pour remotiver les troupes.
Oui en 2015, on en est encore à devoir compter les miettes de ce qu’une moitié de l’Humanité parvient à gratter à l’autre, cette dernière étant totalement inconsciente de la montagne de privilèges qu’elle s’est arrogée depuis des siècles (quand elle ne se plaint pas de l’horrible féminisation de la société, certains semblant convaincus que les femmes ont le pouvoir aujourd’hui. Sans dec, faut arrêter la drogue, les gars !).
Pour dire, on n’est même pas foutu de se mettre tou.te.s d’accord sur un nom officiel pour cette simple journée. Cela montre déjà à quel point il y a encore du travail…

Ce jour-là, les médias vous nous resservir une flopée de chiffres, sans doute à peu près les mêmes que ceux de l’année dernière. Les écarts de salaire, les temps partiels, le plafond de verre, les avortements de fœtus féminins, etc. Ils inviteront peut-être même quelques experts, souvent masculins, pour leur demander leur avis forcément savant sur un sujet qui ne les concerne pas directement. La confiscation de la parole, on connaît, on a l’habitude…

Quant à nos amis de la pub, non contents de nous balancer de super promos sur le dernier lave-linge ou le prochain mascara, ils vont encore nous proposer de super campagnes. Comme la campagne #MettezDuRouge. Qui consiste à demander aux hommes de se mettre du rouge à lèves et de se prendre en photo ainsi pour montrer leur soutien aux femmes.
Parce qu’il est évident qu’un gus qui se peinturlure de rouge à lèvres, élément féminin cliché (je n’en mets pas, pas plus que des dessous affriolants, des talons hauts ou des jupes, désolée de ne pas correspondre aux clichés de LA FÂME !), ça va drôlement aider la cause des femmes !! Quel magnifique soutien ! Ouf, nous voilà sauvées !!
Ce n’est pas comme si les femmes devaient se battre pour obtenir l’égalité justement face à une institution masculine, faite par les hommes pour les hommes. Oh ben oui, messieurs, soutenez les femmes, mettez du rouge à lèvres, surtout ne vous interrogez pas sur votre responsabilité dans ce marasme !! Souriez à l’objectif, tenez, allons-y franchement, mettez une jupe et marrez-vous avec vos potes devant l’appareil ! Quel courage ! Quelle avancée ! Pensez donc, un mec avec du rouge à lèvres !!

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Et à part ça ? À part vouloir refoutre la lumière des projecteurs sur vous, encore et toujours, à part vous remettre en première ligne, devant les femmes à qui devait appartenir cette journée ? Ça sert à quoi, de mettre du rouge à lèvres, si en dehors de ça vous ne remettez rien en question ? Si le reste de l’année, vous continuez à ressasser toujours les mêmes blagues sexistes en traitant la râleuse de mal baisée ou d’hystérique sans humour parce qu’elle n’a pas voulu rire de votre « trait d’esprit subversif » qui tourne en boucle depuis 3000 ans ? Ça sert à quoi de vous proclamer soutien de la cause féminine si vous n’êtes jamais capables de nous écouter, de prendre le temps de vous taire et de ne pas tout ramener à vous ? Pas capables d’un minimum d’empathie quand une femme vous raconte un harcèlement, une agression que vous allez minorer, moquer voire nier (« mais tu vois le mal partout », « mais on peut plus rien dire », « mais c’est un compliment ! », « comment veux-tu qu’on drague autrement ! ») tout en rebalançant le focus sur vous (« mais on n’est pas tous comme ça, moi je ferais jamais ça !! ») ? Incapables de vous interroger sur vos manières au quotidien, inconscientes et acquises au fil des années dans une société sexiste, bien sûr mais que vous refusez de voir comme un problème ? Trouvant toujours une excuse à vos congénères (« drame passionnel », « elle l’a poussé à bout », « elle n’avait qu’à se défendre ») !!

Oui, vous n’êtes pas tous comme ça. Le système que le masculin a mis en place depuis des siècles, sous des formes différentes selon l’époque et le lieu, par contre est comme ça.
Il nie, il invisibilise, il culpabilise, il juge, il valide, il moque, il harcèle, il brise, il agresse, il viole, il massacre. Avec des méthodes diverses, plus ou moins visibles, plus ou moins larvées, mais avec un résultat toujours connu à l’avance : les femmes ont galéré, galèrent et galéreront. Quoiqu’elles fassent, quoiqu’elles disent, elles perdent. Jupe trop longue ou trop courte, trop maquillée ou pas assez féminine, trop extravertie ou trop silencieuse, trop agressive ou trop timide, trop voilée ou trop dénudée, trop maternelle ou trop indépendante, trop seule ou trop gourmande, trop grosse ou trop mince, trop belle ou trop quelconque, trop forte ou trop soumise, trop masculine ou trop pétasse, trop ambitieuse ou trop sage, etc. Trop, de toute façon.
Et même son combat pour ses propres droits, elle ne le mènera jamais comme il faut. Parce qu’elle est trop impliquée et pas assez objective, trop hystérique et pas assez pédagogue, trop bruyante et pas assez patiente. Elle dessert toujours sa cause qui ne lui appartient même plus. L’homme, juge et partie, c’est lui qui décide, limite, ordonne et gare à celles qui ne suivront pas les lignes, les règles. Elles seront injuriées, méprisées, salies, harcelées, menacées de viol et de mort. Pour de rire, parce que c’est évident qu’on menace d’exploser la tête d’une femme par jeu, il ne faut pas prendre ça au sérieux, elles sont trop impulsives et susceptibles ces gonzesses, voyons…
Jusqu’à ce que l’agression se déroule, la balle arrive, la bombe explose, et cela fera quelques lignes dans un journal tandis qu’on oubliera bien vite tout mobile potentiellement misogyne, expliquant qu’il s’agit juste de l’œuvre d’un fou, d’un cas isolé et que ça ne veut rien dire. Parce qu’ils ne sont pas tous comme ça voyons.
Mais tout de même, « la bonne petite blague de « va me faire un sandwich », ha ha, c’est drôle, allez, c’est de l’humour, je peux pas être sexiste, je suis féministe !! ». Le joli badge scout du féminisme qui t’absout de toutes les saloperies que tu peux dire…
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Oh, une autre campagne qui débarque. #PlusJamaisLaPoule par le magazine Marie-Claire. Qui invite donc 8… hommes (dont Jean-Vincent Placé et Thomas Dutronc) pour se faire prendre en photo avec une poule pour « dénoncer le sexisme ». Bien bien bien. Pour la Journée internationale des droits des femmes, on nous prend donc 8 hommes en photo. Avec une poule. Il n’y a pas à dire, avec les magazines féminins, on n’est jamais déçu.e.s !!

Mettez du rouge si ça vous plaît. Ou n’en mettez pas. Portez des poules, des canards, des cochons. On s’en fout. Mais écoutez nous !!

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(Mieux vaut que je m’arrête là. Avant qu’un brillant communicant nous balance une nouvelle-idée-à-la-con pour le buzz…)

*Quand je dis « femme » et « homme », j’entends par là « personne qui se considère ainsi ». Tout en sachant qu’il y a également des personnes non binaires, qui ne se reconnaissent donc dans aucun des deux genres, tout en pouvant être perçues comme homme ou femme par l’entourage.

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9 réflexions sur “Et revoilà le 8 mars !

  1. Tellement blasée par cette journée, entre les pro (ça ne fait pas de mal de recevoir une rose) et les anti (tout le reste).
    Par contre, je n’ai jamais pu m’empêcher de tiquer sur la formulation « la femme », la seule, l’unique. (Hier encore, à une expo sur les artistes viennois et Klimt en particulier, la femme érotique, la femme ceci, la femme cela).
    On est passés des droits de l’h/Homme aux droits des hommes, mais on en est encore aux droits de la femme et pas aux droits des femmes. Détail, diront bien sûr beaucoup, mais le changement de mentalité passe par le changement de la langue.

    Ceci dit, j’apprécie que des hommes, s’ils sont sincères, embrassent la cause et apportent leur soutien. C’est une vision binaire des choses (les femmes, les hommes) (ou les hommes et les femmes/enfants/vieillards) mais puisqu’on en est rendus là, je salue les gestes des personnes, hommes ou non, à savoir faire preuve d’empathie et à savoir se mettre à la place des autres. J’éprouve le même sentiment dans d’autres solutions : les fameuses pancartes « rentrez avec moi » dans le métro en réaction à l’anti-islam, par exemple. Mais c’est sûrement mon côté « tout est bon à prendre ».

    De là à mettre en scène des hommes et des poules… Mais plus rien ne m’étonne avec ces magazines tous pourris les uns que les autres.
    Conclusion à ce post très fouillis, je suis blasée par les initiatives poules / roses / rouges à lèvres, car elles cachent le vrai problème et l’unique solution à mes yeux, les changements législatifs. Le changement de mentalité n’est pas à négliger évidemment, mais n’est pas assez rapide, pas assez efficace…

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    • Fort heureusement, il y a plein d’hommes qui soutiennent totalement leurs homologues féminines. Sauf que ce n’est jamais vraiment d’eux dont on parle (et je parle de vrai soutien, pas d’une connerie « moi je tiens une poule »…). Et qu’en l’occurrence, quand il s’agit de droits des femmes, je préfère tout autant qu’on parle… des femmes (c’est-à-dire toute personne se définissant comme tel).

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      • (Avec beaucoup de retard)
        Un article du Nouvel Obs, m’avait interpellée. Il commençait par « La journée des droits de la femme, on parle forcément… des femmes. Mais qu’en est-il des hommes qui…. ». Bah non, pas forcément -_-

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      • C’est fou toujours cette obligation de tout ramener aux mecs, constamment… Il y a UNE journée dans l’année consacrée à la lutte des femmes mais non, même ce jour-là, il faut que les hommes soient au premier rang. Pauv’ biquets, oh ben oui, on parle déjà tellement peu de vous tout le restant de l’année… Cette indécence…

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  2. je trouve ça dommage que tu présente l’humanité en 2 catégories alors qu’il existe aussi les personnes non binaires (merci de ne pas nous invisibiliser)

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    • Je ne souhaite nullement invisibiliser les non binaires, c’est bien trop souvent le cas. Mais dans un billet sur le sujet de la Journée des droits des femmes, j’avoue ne pas trop savoir où les placer, en fait…

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      • Peut être préciser la première fois que tu parles d’homme que tu parle de personnes perçues comme homme /idem pour les personnes perçues comme femmes (après tu peux juste mettre un astérisque et préciser à la fin)

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      • J’ai ajouté un petit * au début et une note à la fin, que j’espère assez inclusive. N’hésite pas si jamais, je tiens à être la plus large possible.

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  3. J’ai lu l’autre jour qu’à l’origine, ce n’était pas non plus la journée de la femme, mais la journée de la travailleuse (la femme qui travaille), journée créée par le parti Socialiste américain… C’est intéressant aussi le voir comment la lutte des classes a été gommée de la version d’origine. D’un autre côté, la journée pour la lutte des droits des femmes, c’est censé tout englober alors, bon…
    http://themarysue.tumblr.com/post/113004035822/marxvx-steph-mcmillan-comic-3-for-international

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