Mais je suis pas comme ça !!


Petite réaction à chaud, ça faisait longtemps.
(En général, ça me vient quand j’ai plein de boulot ET une chronique AfterM à écrire, histoire de perdre encore plus de temps).

chat09Une logique que je vois très très souvent passer sur le net dès qu’il s’agit d’oppression, c’est l’idée merveilleuse qu’il suffit de décréter qu’on n’est pas raciste/sexiste/homophobe/transphobe (ça marche pour tout, c’est génial) pour croire que ça donne d’office l’immunité à vie et qu’on peut ensuite balancer les pires horreurs sans rien risquer. Vraiment, on est à la limite de la formule magique. Genre « je décrète une bonne fois pour toutes que je ne suis pas homophobe, donc si je te traite de sale PD ou si je crache sur un couple de gouinasses, ce n’est pas du tout par homophobie, puisque je te dis que je ne suis PAS homophobe ». (Les termes injurieux ne me font pas plaisir à écrire mais sont nécessaires pour illustrer le propos.)
(Tous ces gens pas homophobes tant qu’ils ne sont pas confrontés à une personne homosexuelle, lui rejetant ensuite leur mépris et leur haine sur la gueule parce que si elle n’existait pas ou si elle restait cachée, elle ne les subirait pas donc c’est de sa faute… Priceless.)

Non, mais, mec, ça ne marche pas comme ça !
On ne décrète pas le truc qui nous arrange pour se donner bonne conscience et le rôle du brave type pour ensuite prouver exactement le contraire. On ne véhicule pas les pires clichés, les pires horreurs pour ensuite se déresponsabiliser en disant qu’on n’est pas comme ça de toute façon.
Tu peux me chanter sur tous les tons que t’es pas sexiste, mais si derrière tu passes ton temps à me balancer des blagues sur les blondes, sur les pouf, sur les gonzesses qui doivent rester à la cuisine, à siffler des nanas dans la rue en les traitant de salopes, à te plaindre de Nathalie qui t’envoie plein de signaux mais qui te fout un râteau, de Gertrude qui te laisse payer au resto mais refuse de coucher… Désolée mec, mais t’es qu’un gros con sexiste ! Je m’en tape de ce que tu penses ! Prouve-le, par tes actes, par tes réflexions, par tes réactions. Tu es peut-être un saint à l’intérieur mais si tu agis et parle comme le pire des connards, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ?!
« Mais Mr le juge, je lui ai peut-être pété le crâne à coups de pompe à vélo mais je suis un mec bien, pas sexiste, et tout ! La preuve, ma mère est une femme et je la respecte beaucoup, c’est pour dire !! ».

On peut toutes et tous avoir des réflexes à la con, puants, foireux, indignes. On en a toutes et tous. On a toutes et tous été élevé.e.s dans une société sexiste, raciste, homophobe, transphobe, bref qui a du mal avec ce qui diverge du brave homme blanc cis hétéro catho. On a acquis des manières de pensée qui resurgissent à la première occasion. C’est difficile de changer ses habitudes, ses schémas mentaux qui ont été toujours présents dans nos vies. Et c’est impossible de le faire si on n’en prend pas conscience, qu’on n’accepte pas clairement que oui, on a ces réflexes pourris. Et qu’on doit les déconstruire, travailler dessus, constamment. Que ça demande du temps, de la volonté, une réelle envie de modifier ça.
Alors non, on ne décrète pas qu’on est vierge de toutes ces saletés comme par magie sans aucune remise en question à un moment ou à un autre. Ça ne fonctionne tout simplement pas comme ça.
Et le meilleur moyen pour ça, c’est de réfléchir, de s’interroger, d’être honnête avec soi et de ne pas avoir peur de ce qu’on trouve dans nos têtes, de s’y confronter et d’avancer, en ne prenant jamais pour acquis qu’on s’est totalement délivré de ça. Et d’écouter les concerné.e.s surtout quand ielles nous disent qu’on dit peut-être de la merde. C’est un boulot constant, de tous les jours, où il faut être vigilant en premier lieu à soi-même pour avoir une possibilité d’être une meilleure personne. Même si ça ne changera pas du jour au lendemain et même si ça ne fera pas changer les institutions et leurs méthodes discriminantes qui nous entourent, nous aveuglent et nous déresponsabilisent.
La question n’est pas de se sentir coupable ou pas, juste d’assumer ce qu’on apporte aux autres, de ne pas se voiler la face et de ne pas renvoyer nos erreurs sur la tête d’autrui sous prétexte que c’est trop moche à accepter.

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Et tu as le droit de n’en avoir rien à faire. De ne pas vouloir changer de mentalité, d’actes, de vocabulaire. De vouloir continuer à ponctuer tes phrases de « salope », « enculé » et autres termes du même genre. Mais ne nous donne pas comme excuse que que ton meilleur pote est gay ou que t’es anti-sexiste ou anti-raciste. Tes mots ne le sont pas, c’est tout ce qui compte. Tes mots sont comme des coups, ils ont un poids, une signification. Que tu peux nier mais ça ne leur enlève rien.
Et ne t’étonne pas de faire réagir, ne nous balance pas ensuite ta liberté d’expression à la tronche : la liberté d’expression te permet peut-être de dire ça mais elle permet aussi qu’on te réponde que tes propos sont puants (en plus d’être un délit également). On ne te censure pas en te disant ça, on t’énonce un fait.

Aie au moins le courage d’assumer ce que tu balances aux autres et qui peut leur faire si mal.

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