#NonAuHarcelement


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Je ne peux pas vraiment dire que j’ai été victime de harcèlement scolaire.
Primaire, collège, plutôt tranquille. Lycée technique, ça a été évidemment moins sympa. 5 filles pour 35 garçons dans la classe et j’avais la mauvaise idée d’avoir de bonnes notes. Prenez 35 mecs en pleine adolescence, blindés d’hormones et désireux de montrer qu’ils étaient des mecs, « des vrais », vous n’obtenez pas vraiment des Prix Nobel. Mais pas d’injures, de crachats, de coups, de menaces, de jets de trucs sur la tronche. Juste beaucoup de mépris pendant 3 ans. Puis une année en fac, très cool à ce niveau-là, pas de hiérarchie, de « concours de bites », de compétitions. Et enfin, 2 ans d’IUT. Rebelote. 5 filles, 35 mecs. 2 ans de « blagues », de moqueries, de foutages de gueule, de mépris encore et toujours. Suffisamment pour que je n’ai pas envie de continuer et de me risquer encore quelques années dans un milieu sexiste et moqueur qui passe son temps à me faire sentir comme la dernière des merdes. Je me suis dit à ce moment-là que je préférais commencer à travailler. Plus de risque de harcèlement scolaire… même si j’ai découvert alors le bonheur du management à la con.
Mais non, quand je vois ce qu’ont subi/subissent les gamins harcelés, ce que j’ai connu, ce n’est absolument rien. Comme cette copine qui avait failli abandonner le lycée à cause d’un harceleur qui la menaçait de mort et qui se retrouvait dans la même promo d’IUT que lui, par exemple…

Aujourd’hui, c’est la première journée nationale contre le harcèlement scolaire. Super. Enfin.
Ah ouais mais au final, on y retrouve beaucoup de « Allez, les harcelé.e.s, parlez ! ». Comme si c’était le problème principal. Comme d’habitude, on dit à la victime, qui doit déjà survivre à son harcèlement, que c’est à elle aussi de faire bouger les choses. Les femmes qui ne devraient pas sortir le soir/boire/porter de jupe, les femmes agressées qui devraient porter plainte, les gamins harcelés qui devraient le dire, les femmes battues qui devraient partir… C’est toujours à la victime qu’on dit ce qu’elle devrait faire. Sous-entendu « Si tu ne le fais pas, alors ce sera de ta faute si tu subis encore ça ». Et jamais on ne se demande pourquoi elles ne le font pas. Pourquoi seulement 10% des personnes violées portent plainte ? Pourquoi les gamins harcelés vont parfois jusqu’au suicide plutôt que d’en parler ? Peut-être parce qu’on fait porter tout le poids de leur agression sur eux/elles et sur personne d’autre. Comme si seules les victimes étaient responsables.
Jamais on ne dit aux harceleurs de ne pas harceler. Je suis d’accord, ça peut paraître idiot. Mais n’est-ce pas là le premier problème ? Dans un reportage sur France 2 tout à l’heure, il y avait intervention devant une classe sur le sujet. « Attention, ça peut toucher tout le monde, vous pouvez vous aussi être victimes ». Et les harceleurs ? C’est une force mystérieuse qui vient d’une autre planète et contre laquelle on ne peut rien ? Une fatalité qu’on ne peut pas combattre ? C’est très bien de parler des victimes et de leur donner la parole… mais si derrière, il n’y a absolument rien de fait au niveau du harceleur, ça sert à quoi ? On peut donner tous les conseils qu’on veut aux enfants, si derrière il y en a qui peuvent harceler sans que jamais on ne se préoccupe d’eux, l’action sera limitée.

Qui plus est, si les harcelé.e.s ne parlent pas, c’est surtout parce qu’ielles savent qu’ielles risquent de ne pas être écouté.e.s. Comme dans tout harcèlement.
La femme qui est tripotée dans le métro, injuriée dans le bus, si elle ne réagit pas, ce n’est pas parce qu’elle aime ça. C’est parce qu’elle a la trouille. Qu’on la prenne pour une hystérique, une menteuse, qu’on lui dise qu’elle exagère, qu’elle imagine. Qu’elle veut faire son intéressante. Qu’elle devrait s’estimer heureuse qu’un mec se soit intéressé à elle. Etc. Parce que c’est exactement ce qu’elle entend quand elle en parle après coup. Il y a deux jours encore, un pseudo mag féministe nous a sorti la totale sur « ces méchantes femmes qui font de faux témoignages de viol pour un rapport sexuel qu’elles n’assument pas » et autres « le consentement, ça tue le romantisme ». Forcément, ça donne hyper envie d’oser porter plainte quand on lit ça !
Combien d’enfants harcelés ont eu droit à « Laisse faire, ils se lasseront », « Mais allez, c’est pas grave, pleurniche pas », « Tu racontes n’importe quoi pour qu’on te regarde », « Non j’ai rien vu, moi » et autres « Tu l’as cherché, je suis sûr ». Que doivent-ils comprendre, ces enfants ? Que leurs souffrances sont anodines ? Qu’ils n’existent pas ? Qu’ils ne méritent pas d’être aidés ? Que les adultes ne sont pas fiables ? Que leurs camarades sont tous de potentiels dangers ? Qu’il vaut mieux fermer sa gueule et subir ?
Et ce ne serait pas grave ?
À un âge où ils construisent leur personnalité, leur vision du monde, qu’ils découvrent les valeurs morales ? On leur dit « Tu ne vaux pas le coup que je t’aide » ?

Non, les harceleurs ne se lasseront pas. On ne se lasse pas de quelque chose qui nous donne l’impression d’être fort. Surtout si tout le monde laisse faire et valide notre comportement de brute abusive (voire le valorise « Mon gamin, c’est pas une faible victime au moins ! »).
Non, ce n’est pas anodin même s’il s’agit d’actes d’enfants. Au contraire même.
Non ça ne forge pas le caractère. Une société qui forge le caractère de ses enfants à coups de poings et de pieds dans le bide, c’est une société ignoble qui n’a rien de civilisée. Un coup reste un coup, qu’il soit donné par un môme ou par un adulte. Une injure reste une injure, le genre de trucs qui se grave au fer rouge dans ta mémoire. Quel adulte accepterait de se faire humilier, cracher dessus, tabasser au milieu de l’open space par ses collègues goguenards ?
« Oh chéri, où est ta voiture ? » « C’est Roger qui me l’a prise, il a dit que je la méritais pas » « Ah mais t’en fais pas, chéri, ça lui passera, il se lassera… »
« Oh chérie pourquoi ta jupe est déchirée et ton nez pisse le sang ? » « Oh ben c’est Gisèle et les copines, elles m’ont vue regarder Antoine, et elles ont pas aimé » « Oh ben chérie, je t’avais dit de faire attention, tu t’excuseras demain ».
Ces situations de harcèlement que tant d’enfants connaissent depuis des années, aucun adulte ne les supporterait (coucou, harcèlement au travail !). Mais parce qu’on a 8, 12, 14 ans, ce n’est pas grave ?? On n’est pas dans un dessin animé, un gamin qui se prend un coup, il a mal !

Peut-être qu’on ne fait rien surtout parce que cette question du harcèlement scolaire n’est qu’une forme parmi d’autres des rapports de force qui enchaînent notre société. À l’école, au boulot, dans la rue, les transports en commun, sur le net… tout n’est que rapports de force, confrontations et loi du plus fort. La violence est là constamment et on peut détourner les yeux d’un gamin qui se fait racketter, d’une jeune femme qui se fait traiter de « salope » ou d’un salarié que son patron appelle « grosse merde » chaque matin à la pause café, ça ne fera rien disparaître. Ce système est partout, on en est tous autant victimes que complices, enfermés dans des schémas de pensée virilistes et injustes où la victime finit par mériter ses coups.
C’est tout à fait compréhensible d’avoir peur de réagir, de s’interposer, de ne pas savoir quoi faire, d’hésiter. Mais on ne peut pas dire « Ce n’est pas mon problème ». Bien sûr que si. En ne disant rien, on est complice, on légitime, on accepte. On participe au système (patriarcal et capitaliste) qui ne mesure la valeur de quelqu’un qu’au nombre de personnes qu’il a écrasées pour être là où il est. « L’éthique et la morale, c’est relou, la solidarité c’est pour les nases, vive le pouvoir ! »

La loi du silence, ce n’est pas spécifiquement à la victime de la briser. C’est à chacun.e. Qu’on n’ose pas, c’est logique puisque c’est ce qu’on nous apprend (le bouc-émissaire est là pour que le système ne soit jamais remis en cause) mais il faut avoir conscience que par notre silence, on participe. C’est bien mignon, cette journée mais si derrière, aucune mentalité ne change et que la compétition et la loi du plus fort restent de mise alors ne soyons pas hypocrites et avouons plutôt qu’on s’en fout de la souffrance des gamins et qu’on veut juste se donner bonne conscience…
Mais aucun gamin ne mérite de devenir le bouc-émissaire de ses camarades pour qu’on puisse garder notre tranquillité d’esprit…

Sur le même sujet mais d’un autre point de vue, le message d’espoir de Klaire : Les petits cailloux
Un article sur des profs râlant contre le clip de la campagne : Les enseignants ont kidnappé le débat sur le harcèlement à l’école
Et le site officiel, parce qu’on ne sait jamais, ça peut aider : Non au harcèlement

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