Un vendredi soir…


chat08
Je ne sais pas pour vous mais personnellement, je ne suis pas en guerre. Et ce n’est pas une idée qui me tente pour les prochaines semaines.

Déjà parce que l’Histoire nous a appris qu’en règle générale, les guerres, ça a tendance à ne pas être très agréable pour les populations.
Les gars tout en haut décident, manipulent, élaborent des stratégies qui ne les concernent pas vraiment puis envoient leur peuple à l’abattoir, tandis que d’autres (ou pas, d’ailleurs) se frottent les mains face à leur chiffre d’affaire qui grimpe aussi vite que le nombre de morts. On redessine quelques frontières, on dégage quelques marionnettes au pouvoir à droite à gauche… Et rien ne change vraiment, on reproduit toujours le même cycle de violence qui ne mène à rien.
On enchaîne les conflits meurtriers, on harangue les foules, on fait de beaux discours sur la nation, sa grandeur, ses valeurs, tout en oubliant soigneusement la multitude et la diversité des vies humaines qu’il y a derrière. Ces vies qu’on va envoyer se faire massacrer au nom d’idéologies virilistes qui n’ont toujours conduit qu’à des massacres.
Toutes ces belles valeurs qu’on veut tant défendre au prix du sang mais qu’on oublie quand il s’agit d’armer un régime dictatorial plein aux as. Le sens des priorités…

Un petit coup d’œil en arrière nous permet d’ailleurs de voir que les guerres, on sait bien les commencer mais on a du mal à les terminer. Ah ça, trouver des raisons d’aller péter la gueule du voisin, on trouve ! Mais même dans un schéma assez classique de deux armées face à face (qu’on ne connaît plus trop aujourd’hui), on s’embourbe, on se plante, on prend les pires décisions qui coûtent la vie à des milliers de soldats chair à canon… et ça traîne en longueur, on finit par ne plus trop savoir pourquoi on se tape dessus, on s’allie avec les ennemis d’hier qui seront de nouveau les ennemis de demain.
Non, soyons honnêtes, les guerres, en général, on les perd. Et les gagnants n’ont souvent gagné que le droit d’enterrer leurs morts. Avec nombre de « dégâts collatéraux » qui ne font qu’alimenter les fourneaux de haine pour les prochains conflits. Ah pour ça, la haine, on sait bien la recycler, dommage que pour le coup, ça ne soit pas très écologique !

Il faut dire que les guerres, c’est pratique pour le business. Pour la croissance. Plein de reconstructions, c’est bon pour nos grosses entreprises, on peut même en profiter pour grapiller quelques ressources naturelles qui nous avaient échappé jusque-là. Pétrole, diamants, métaux précieux ? Eh oui, il fait l’alimenter, cette croissance !
Et bien évidemment, le marché des armes ! La France est dans le top 5 des exportateurs d’armes, sur la deuxième marche en 2015, année record. Tuons des gens, ça nous donne de la croissance ! Ah mais non c’est vrai, nos armes ne servent que pour garantir la paix, bien sûr… sauf qu’une arme n’a aucune frontière et qu’elle peut indifféremment tuer un fanatique islamiste qu’un brave petit soldat français. Oups.

Ah, ces fameux appels à la guerre, alors qu’on hurle à chaque mort de soldats envoyés combattre on ne sait où on ne sait trop pourquoi… Oui, la guerre, ça tue, c’est un peu l’idée ! Et ça tue même les gentils du camp du Bien. Car c’est rare, les camps qui annoncent clairement « Nous, on est les méchants ». Le méchant, c’est toujours l’autre…
Qui plus est, je ne vois pas comment gagner en utilisant la même rhétorique belliqueuse et excessive que ceux qu’on veut combattre. Vouloir exterminer ceux qui veulent nous exterminer… Voilà un combat qui me semble mal engagé. D’autant plus qu’on ne peut pas gagner armes à la main face à des fanatiques ayant prêté allégeance à la mort, qui voient en elle un accomplissement, un but à atteindre. Qui s’abreuvent de la haine et de la terreur pour trouver de nouvelles troupes qu’on leur livre donc sur un plateau d’argent en cédant aux appels des extrémistes de notre camp. En créant de nouveaux champs de bataille bien loin de chez nous pour ne pas trop flipper notre population, en tuant et mitraillant aveuglément, en foirant les bombardements, en rasant des villages, en apportant de nouveaux traumatismes à des gamins qui ne grandiront que dans la haine de cet occident qui les méprise et ne leur veut que du mal. Eh quand même, on a une nuit de carnage chez nous, on a déjà envie d’aller péter la gueule de la planète entière, vous imaginez ceux qui se prennent ça tous les jours depuis des années ? Cette rage au ventre qui doit les bouffer en permanence ? Et on s’étonne ??

Mais voilà, moi je ne veux pas faire la guerre. Je n’y connais rien en arme, je n’imagine pas appuyer sur la détente et je ne veux pas perdre mon âme sur un champ de bataille face au seul choix : tuer ou être tué.
Et j’ai peur, car je sais que transformer un individu en machine à tuer sans état d’âme, c’est facile, si on sait quel levier activer, sur quel bouton appuyer. Les études en psychologie ont prouvé scientifiquement ce qu’on avait déjà pu voir en action durant les guerres mondiales. Milgram, Stanford… On peut facilement devenir un bourreau.
Ne nous leurrons pas, les individus qui ont semé la mort vendredi soir dans Paris ne sont ni des monstres ni des psychopathes ni des fous. Ce sont de simples humains au cerveau lessivé à grand renfort de doctrine facile à gober, manichéenne, leur présentant le monde en noir et blanc. Enivrés par le pouvoir de vie et de mort qu’ils avaient entre les mains. Des fanatiques sûrs de leur victoire et de la grandeur de leur cause, quitte à devoir arracher des vies au passage, froidement, aveuglément. Ce ne sont pas des êtres humains qu’ils ont massacrés, mais des cibles, des points sur une carte, des objectifs. Un peu comme des drones téléguidés depuis un lointain pays. Ça ne vous rappelle rien ?
Et faut-il rappeler l’horreur de la guerre en ex-Yougoslavie, ou au Rwanda, où des populations se sont entre-tuées, où des voisins se sont déchirés, où des peuples ont été décimés sur la base de rien ? Ou l’horreur des enfants-soldats, preuve ultime de la facilité à créer des automates sanguinaires ?

Bien évidemment, rien n’excuse leurs actes ignobles. Le carnage qu’ils ont causé. Tous ces visages qu’on a pu voir sur Twitter, souriants, plein de vie. Suivi de leur avis de décès bien trop souvent. Rien. Jamais. Insupportable.
Mais ce n’est pas leur rendre justice, honorer leur mémoire que d’appeler à d’autres massacres, tout aussi aveugles. Que d’encourager au harcèlement des musulmans, qui se prennent déjà cette horreur en pleine tronche, comme tout le monde. Qui ont perdu des proches, de la famille, qui doivent déjà panser leurs plaies, enterrer leurs morts, faire leur deuil. Et qui n’ont pas besoin en plus, après avoir eu peur de mourir vendredi soir, d’avoir peur de se faire insulter, harceler, agresser, dès qu’ils mettent un pied dehors. Juste parce qu’ils croient au même livre sacré que quelques fanatiques interprétant les textes comme cela arrange leur avidité de pouvoir et de contrôle.
Tout comme les réfugiés qui arrivent à nos portes, hagards, désespérés, épuisés, fuyant déjà ce terrorisme insupportable dans leur propre pays qu’ils n’ont quitté que contraints et forcés, par instinct de survie, parce qu’ils ne méritent pas moins que nous d’avoir une vie digne.

Je ne veux pas la guerre. Qui ne fera que verser encore plus de sang, couler encore plus de larmes.
Je n’ai pas de solution magique. Aucune solution permettant la fin de ces horreurs en une semaine n’existe. Ce qu’on vit aujourd’hui n’est pas né en 2015, ni même durant la dernière décennie. C’est le résultat d’un long et lent pourrissement, de siècles de mépris, de colonialisme, de soif de pouvoir, d’aveuglement, d’ego boursouflés, de paternalisme, de propagande, de petits calculs foireux pour augmenter les profits, de tentatives de contrôle de pays, etc. On a laissé grossir la bestiole, on l’a gavée de haine. Il faudra du temps, des années, un travail long, minutieux et patient, beaucoup d’humilité et de remises en question de nos responsabilités si on veut avancer. En est-on capables ?
Je ne vois que trop les appels du pied des facho qui jubilent face à l’hécatombe, profitant du marasme pour trouver de nouveaux fidèles, guettant le réveil d’une France rance et puante qui ne pense qu’en terme de rejet, de haine et de hiérarchie des individus.
Mais j’aimerais que nos gouvernements voient un peu plus grand, soient un peu plus nobles, ne réagissent pas uniquement sous le coup de l’émotions de leurs électeurs, sans s’interroger deux minutes sur la responsabilité de nos politiques étrangères de ces dernières décennies.
Sinon, que nous apportent-elles de plus, ces élites, que nous n’ayons déjà ?

Et un câlin pour terminer...

Et un câlin pour terminer…

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