8 mars : quelques héroïnes qui marquent


8 mars, journée internationale de luttes pour les droits des femmes. Je vous renvoie à mon article de l’an dernier pour un coup de gueule sur ce sujet souvent maltraité, comme c’est hélas régulièrement le cas quand il s’agit d’un sujet qui nous est consacré. Parce que dès qu’on ose ne pas parler uniquement du mâle, forcément, ça n’a aucun intérêt et on va traiter ça par la moquerie, la condescendance ou la minimisation.

Pour la peine, j’ai envie pour cette occasion de vous parler de personnages de fiction qui bousculent un peu les préjugés sexistes. De femmes du petit ou du grand écran qui, par la grâce des scénaristes ou de leur interprète, ont proposé une autre vision. Et peut-être, quelque part, fait bouger quelques lignes…

X-FILES (1993-2002 et…)

C’est en 1993 que le monde des séries TV est bouleversé par l’arrivée d’un phénomène : X-Files, un temps baptisé Aux frontières du réel en France. La reprise de cette série culte cette année pour une saison 10 n’a pas dû vous échapper mais au cas où, petit résumé : les X-Files sont un service du FBI où travaille le duo d’agents Fox Mulder et Dana Scully, sur les affaires étranges, principalement liées au surnaturel. Si la quête initiale se focalise sur Fox Mulder et sa croisade pour prouver l’existence d’un complot gouvernemental visant à cacher la présence des aliens sur Terre, c’est sa coéquipière qui m’intéresse évidemment ici.
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Dana Scully, interprétée par Gillan Anderson, est une scientifique au départ envoyée là pour casser son collège qui dérange ses patrons. Docteure en médecine, cartésienne dans l’âme, elle est la voix de la raison de Mulder, celle qui lui évite de se faire virer/arrêter/menacer de mort trop souvent. Si son personnage pouvait n’être au départ que le classique sidekick juste là pour mettre en valeur le valeureux héros, son interprétation et son implication dans les enquêtes en font rapidement une héroïne à part entière.
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On ne peut évidemment que voir dans Scully un hommage au personnage de Clarice Starling joué par Jodie Foster dans Le silence des agneaux deux ans plus tôt. Une forte tête, compétente, perspicace, courageuse, prête à sortir le flingue si besoin est. Qui plus est, Gillian Anderson ne correspondait pas aux canons de beauté de l’époque, Scully ayant alors failli n’être qu’une simple naïade blonde sculpturale sortie non pas de Quantico mais d’une agence de mannequins. On aurait perdu la découverte d’une excellente actrice mais également un personnage féminin fort, intéressant, complexe, parfait modèle pour toutes les filles fans de science…

Pour rester sur Gillian Anderson, qui a dû d’ailleurs se battre pour ne plus recevoir que la moitié du salaire de David Duchovny/Mulder (y compris sur la saison 10), je ne peux évidemment pas passer sous silence le formidable personnage qu’elle interprète dans la série anglaise The Fall, Stella Gibson. Un des personnages féminins parmi les mieux écrits et construits de ces dernières années, mettant à mal absolument tous les clichés sexistes.
gibson01Stella Gibson mérite un article à elle seule !

XENA, WARRIOR PRINCESS (1995-2001)

Voilà typiquement le genre de séries où si on tombe juste sur un épisode au pif comme ça, on va se dire « mais c’est quoi cette bouse ? ». Kitsch, décors bricolés, personnages secondaires souvent mal joués, effets spéciaux risibles. Ouch. Et les premières saisons font plutôt mal aux yeux.
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Mais cette série a pourtant acquis une aura culte chez beaucoup, et notamment dans les milieux lesbiens. Voyez plutôt : les deux personnages principaux sont deux femmes qui voyagent ensemble à l’époque de la Grèce antique (façon anglo-saxonne donc très très revisitée), affrontent des hordes de monstres ou des armées sanguinaires. Xena est jouée par l’impressionnante Lucy Lawless et son style cuir + baston a rapidement séduit les amatrices de personnages badass. Guerrière quasi-invincible, elle est passée du statut de chef de bande sanguinaire à redresseuse de torts en quête d’une rédemption qu’elle se refuse à accepter, ne s’en sentant pas digne. Forte, puissante, courageuse, cogneuse, ténébreuse, torturée, volontaire, elle n’a besoin du secours d’aucun homme pour se sortir des pires situations (quitte à mourir 3 ou 4 fois…) mais peut toujours compter sur l’aide de Gabrielle, jouée par Renée O’Connor.
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Au départ, elle est une simple petite paysanne idéaliste qui se prend pour une future grande poétesse mais qui va au fil des saisons voir autant sa tenue raccourcir que son rôle s’épaissir et son art du combat se développer. Et si le duo a généré un tel culte notamment sur le net, c’est sans nul doute par le subtext omniprésent et totalement assumé par les scénaristes (mais pas trop par les traducteurs qui aimaient remplacer les « I love you » par « je suis ton amie »), quitte à en faire un running gag régulier au fil des épisodes.

Depuis, Lucy Lawless continue de péter quelques tibias dans bon nombre d’autres séries pour des rôles plus ou moins longs : Galactica, L Word, X-Files, Agents of SHIELD, Spartacus, Top of the Lake (série très féministe également), etc. et plus récemment Ash vs Evil Dead. Elle a même eu un mini-rôle de 2 secondes dans le premier Spiderman de Sam Raimi et a failli jouer Galadriel dans la trilogie du Seigneur des anneaux (foutue grossesse !!).

BUFFY, THE VAMPIRE SLAYER (1997-2003)

Quand on découvre cette série, on croit se retrouver face à l’habituel teen show avec ses beaux gosses, ses mannequins tout lisses mono-expressifs et ses histoires de gosses de riches qui galèrent trop trop dans la vie. On voit cette blondinette un peu niaise, un peu simplette, qui devient pote avec deux losers un peu niais aussi et on se demande si on ne va pas zapper parce que ça a l’air tarte quand même. Puis la nuit tombe et la ville ne semble pas super bien fréquentée, avec ses vampires qui chassent l’imprudent promeneur à la carotide affriolante.  Forcément la blondinette un peu coconne ne devrait pas voir le prochain soleil se lever, les blondinettes ayant rarement une durée de vie très élevée dans ce genre de shows. C’est à ce moment-là que la dite blondinette commence à distribuer quelques mandales, péter quelques rotules et planter quelques pieux, et tout ça avec des talons et sans exploser son brushing. Ah tiens…

Finalement on regarde quelques épisodes de plus, comme ça, pour voir. Il fait toujours beau à Sunnydale, les gens sont un peu lisses, bien propres sur eux, même les vampires dont le beau gosse torturé souvent torse nu. Et puis finalement, on est pris par le rythme, et malgré les effets spéciaux parfois ridicules et une première saison un peu faible, on se laisse emporter.

Buffy, c’est la Tueuse. La blondinette peut-être pas toujours futée mais qui doit sauver le monde, quitte à y perdre son humanité, sa famille, ses amis, ceux qu’elle aime. C’est celle qui se sacrifie encore et toujours même quand tout semble perdu. C’est celle qui encaisse, constamment, tombe, doute, tombe encore plus bas et parvient malgré tout toujours à se relever parce que c’est son job/fardeau.

Buffy c’est une des premières séries à avoir osé le couple lesbien en prime-time, un couple fort et puissant qui a bouleversé toute une génération, un couple traité avec justesse, sensibilité et intelligence.
buffy02Buffy, c’est une série qui a eu 7 saisons, certaines moins sympa que d’autres mais quand même, des épisodes mythiques, des rebondissements à vous faire hurler devant l’écran en maudissant le créateur sur 30 générations pour mieux revenir la semaine suivante.

Buffy c’est l’héroïne féministe super badass par excellence, avec aussi ses fragilités, son adolescence à assumer, sa vie de jeune adulte à gérer, ses amours forcément foireuses, ses horribles décisions à prendre, son humour ravageur et certains des méchants les plus marquants, les plus horripilants, les plus…

Buffy, quoi.

J’aimerais d’ailleurs signaler une autre excellente série de Joss Whedon (le papa de Buffy), Firefly, qui a aussi son pesant de cacahuètes en terme de personnages féminins marquants. Zoé la guerrière loyale (Gina Torres, impériale), Kaylee la mécano de génie, un peu fleur bleue mais sans tabou (Jewel Staite), Inara la compagne indépendante qui choisit ses clients et n’a pas besoin d’un mec pour lui dicter sa vie (Morena Baccarin), ou River, la protégée surpuissante qui peut botter le cul d’une armée entière tout en dansant (Summer Glau).
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FRINGE (2008-2013)
fringe01Fringe, c’est un peu le X-Files des années 2000 (avant que X-Files ne revienne…). On y suit Olivia Dunham, agent du FBI qui intègre la section Fringe, enquêtant sur des phénomènes bizarres (doux euphémisme…). Elle est aidée par le duo Bishop : Walter, le père sorti de l’hôpital psy, tantôt attendrissant dans ses lubies, tantôt flippant dans sa folie des grandeurs scientifique, et Peter, le fils, petit génie baroudeur un rien blasé et pas très famille. Si dans la première saison, Olivia reste assez figée, très froide (et un peu gonflante avec son ex dont on se débarrasse heureusement assez vite), la suite nous réserve de sacrées surprises, et l’actrice Anna Torv dévoile des trésors d’interprétation d’un personnage complexe, terriblement humain, devant faire face à des situations impossibles. Forte, touchante, blessée, elle va devoir gérer son équipe avec discernement et humanité.
Comme autre femme de la série, je ne peux pas oublier Astrid, qui devient l’assistante officieuse de l’attachant Walter, ces deux-là se créant un lien très fort et touchant même s’il l’appelle Astéroïde, ou Nina Sharp, bras droit du mystérieux William Bell, dont on passe quasiment chaque épisode à se demander quel est vraiment son camp…
fringe02Impossible d’en dévoiler trop sur la série tant l’intrigue se développe de manière surprenante au fil de chaque saison, oscillant entre le drame, le pur fantastique, l’absurde, l’action. Mais Olivia Dunham reste assurément un personnage aux multiples visages…

Star Wars VII (décembre 2015)

Pour finir, je ne peux évidemment pas oublier ma dernière chouchoute. Quand Star Wars épisode 7 est sorti, grande fan que je suis de la première trilogie (IV-V-VI), j’ai été ravie de voir qu’ils avaient osé le duo de héros enfin différent : une femme blanche et un homme noir. De quoi faire hurler les rageux (qui ont sacrément hurlé, effectivement).
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A mes yeux, le personnage de Rey, l’héroïne, est très important. Enfin un personnage féminin fort, indépendant, central. Certes, il y avait eu Leia et Padme… mais Rey est tellement plus ! Avec elle, les petites filles geek ne se feront plus emmerder dans la cour de l’école juste sous prétexte que SW, c’est un truc QUE pour les garçons. Elles ont leur modèle, leur héroïne, la nana douée de la Force, balèse en combat, bricoleuse et pilote hors pair ! Un modèle qui plus est non sexualisé à outrance (pas comme Leia et son fameux bikini de l’épisode 6…), au grand dam de certains spectateurs masculins qui ne voient pas l’intérêt de mettre une femme dans un film si elle n’est pas là pour les faire fantasmer.

Preuve ultime de son importance ? La manière dont Disney a géré son mershandising, en poussant les fabricants de jouets à ne pas l’utiliser, leur disant de tout miser sur Kylo Ren, le méchant de service qui allait tout défoncer, forcément. Sauf que… pas du tout. A Noël, les gamins ont voulu leurs jouets Rey. Et n’en ont pas beaucoup trouvé. Ils ont alors réclamé. Les petites filles comme les petits garçons, ceux-là même dont les « experts » disaient qu’ils ne voudraient jamais jouer avec un personnage féminin. Même le Monopoly SW a osé sortir sans un pion Rey, préférant mettre des personnages même pas présents dans le film (mais masculins…). Le hashtag #WhereIsRey a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Rétro-pédalage en force début 2016 de tous ces fabricants sexistes qui ont dû se rendre à l’évidence : le public aime Rey. Les petites filles méritent leur héroïne.
(Article de Libération qui revient sur l’affaire WhereIsRey, pour tous ceux qui m’ont dit sur Twitter « Mais non, c’était pas intentionnel !! »)
rey02L’étendue des réactions face au personnage de Rey démontre d’autant plus à quel point elle est importante. Elle n’est pas la première à prouver qu’on peut avoir un film d’action ou de SF avec une femme au premier rang : Gravity et Sandra Bullock, Mad Max Fury Road et Charlize Theron en sont d’autres exemples.
Mais maintenant, messieurs, vous n’avez vraiment plus aucune excuse…

C’est ma petite sélection personnelle. Nulle doute qu’il y a plein d’autres personnages qui y auraient leur place, comme dans Agent Carter, Supergirl ou Orphan Black pour ne citer qu’elles. Mais l’article est déjà bien assez long 🙂

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3 réflexions sur “8 mars : quelques héroïnes qui marquent

  1. Ah ! le personnage de Stella Gibson dans the Fall est vraiment très très réussie :Féminin, complexe , moderne et elle met à mal (parfois insidieusement) pas mal de clichés sexistes comme tu le dis. Il m’a vraiment marquée .
    J’ai beaucoup aimé aussi le personnage de Birgitte Nyborg dans la série Borgen, une femme au pouvoir.

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  2. Ah… un article qui parle de Xena et de subtext, ça fait du bien! (oui oui, ça fait plaisir de pas se sentir seul à tout le temps dire qu’elles étaient pas juste « amies »). Et ensuite tu nous parles d’Olivia Dunham! Mais que demande le peuple, je suis comblée!! XD

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