Elsie, monogame en série


Hier, j’ai saisi l’occasion de découvrir en salle un film dont je ne savais pratiquement rien, Elsie monogame en série de Christina Zeidler et John Mitchell. Il était projeté dans le cadre du Festival Transposition, je cite « Festival du film des minorités de genre et sexuelles », qui en est cette année à sa deuxième édition sur Annecy.
Arriver au cinéma dans les temps fut un peu compliqué, entre méga-bouchons dus au vendredi soir de début de vacances et à ma méconnaissance de l’itinéraire de certains bus mais j’ai fini par rejoindre le Rabelais, que je ne connaissais pas, petite salle de spectacle de quartier pas super bien indiquée… Ce n’était clairement pas la foule – j’ai cru m’être trompée d’endroit durant une demi-seconde – et on devait être une petite quinzaine (99% de femmes) à s’être déplacés malgré le grand soleil et la difficulté routière.

On a commencé par un court métrage d’une vingtaine de minutes, Blind Sex de Sarah Santamaria-Mertens, qui a reçu quelques jours plus tôt le prix du meilleur court métrage du Festival. On en parle ? Allez !

Louise est en vacances avec sa petite sœur et sa mère. Aveugle, elle est surprotégée par sa mère et sa sœur semble la croire également sourde vu qu’elle couche avec son copain d’un été dans le lit superposé juste au dessus de Louise. Rien de tel pour passer une bonne nuit que d’entendre sa petite sœur se taper un mec à un mètre au dessus de vous…
La veille de leur départ, elle sort promener le chien et se retrouve au milieu d’un camping naturiste, ce dont elle ne se rend évidemment pas compte tout de suite. Elle y rencontre Léa…

Blind Sex

Voilà un joli film, simple et naturel, sans artifice. La cécité de Louise qu’elle porte comme un fardeau va pour le coup lui permettre d’être rapidement à l’aise avec ses nouveaux amis, ne pouvant juger leur apparence tout en ne sentant pas le poids du regard d’autrui sur elle quand elle se « fond dans le paysage » naturiste. Assez passive et renfermée au départ, c’est sa rencontre avec le groupe et notamment Léa qui va la pousser à prendre un peu plus sa vie en main, se libérant aussi bien physiquement que mentalement, se mettant à exister réellement pour elle-même et pas juste par rapport au niveau d’inquiétude de sa mère.
Sans musique, avec juste les bruitages et les paroles, le film est au plus près des sens, nous faisant partager quelques plans ici et là totalement dans le noir comme Louise pour mieux appréhender le monde comme elle peut le ressentir. Il y a quelque chose de très sensuel, notamment au niveau du toucher, sans la barrière du vêtement.
Bref, comme entrée en matière, c’était plutôt réussi !

On enchaîne ensuite directement sur le long métrage, Elsie monogame en série, Portrait of a serial monogamist en VO, qui date de 2015.

Affiche

À Toronto, Elsie, la quarantaine, ne peut s’empêcher d’être en couple. Mais elle ne peut s’empêcher également de rompre à la moindre occasion. Ainsi, après cinq ans avec Robyn, elle met en place son habituelle tactique de rupture, un bon dîner et un « cadeau de compensation » alors que sa compagne ne s’y attend pas le moins du monde. Puis elle se remet aussitôt en selle en draguant Lolli, elle aussi nouvellement célibataire (mais a priori hétéro). Mais rompre avec Robyn était-elle vraiment une bonne idée ?

Ce film, c’est typiquement le genre de films que vous ne pourrez voir que dans les festivals queer, n’intéressant pas le marché grand public. J’y retrouve exactement le même type d’ambiance que dans les autres films du même genre que j’ai pu voir au fil des années – April’s shower, When night is falling, Better than chocolate, etc. Une ambiance balançant entre légèreté loufoque et introspection un rien narcissique.
Il faut dire qu’Elsie, au delà de son apparence joviale et cool, est en fait assez immature. Ayant décidé très jeune qu’elle ne se ferait plus jamais larguer, c’est elle qui impose la rupture à la moindre difficulté. Elle a ainsi établi un ensemble de règles auxquelles elle se tient pour éviter autant que possible de souffrir. Elle se ment à elle-même et refuse d’affronter la moindre réalité un tant soit peu douloureuse en face, faisant tout pour se donner le beau rôle en faisant croire – principalement à elle-même – qu’elle rend service à l’autre en la larguant. Au final, elle ne s’engage jamais vraiment, ne laisse jamais l’autre réellement prendre une place dans sa vie et ne voit ses compagnes et leur relation que comme un meuble dont on se débarrasse quand il perd le vernis du neuf.
Sauf que…

À force de se raconter ses salades, elle y croit dur comme fer et ne se rend absolument pas compte de la douleur qu’elle impose à l’autre qui n’a jamais son mot à dire. Protégée dans son petit cocon de défense construit depuis toujours pour ne pas souffrir, elle oublie que dans un couple, on est deux. Sa rupture avec Robyn, et les conséquences que cela entraîne dans son environnement amical, en font peut-être la rupture de trop surtout quand le travail s’en mêle.
Journaliste musicale pour un petite chaîne locale en cours de rachat par une grosse chaîne nationale, elle ne peut empêcher son environnement de changer sans son accord et sa chef, qui dit fort à propos qu’elles se ressemblent, lui joue en fait la même chanson qu’Elsie avec ses compagnes. Baratin du « C’est mieux pour toi, je fais ça pour t’aider, en fait c’est une super opportunité que je t’offre, là ». Le pire étant que vu qu’Elsie sort ce baratin depuis des années à ses ex et y croit totalement, elle croit également à ce que lui sort sa chef. Et forcément quand on devient victime de son propre jeu, on est bien obligé d’ouvrir les yeux…

On suit le quotidien d’Elsie pendant quelques mois, entre sa rupture, son boulot qui change, ses copines qui tentent de se positionner face à son comportement de serial monogamist, son immaturité sentimental et sa naïveté face aux conseils. Elle croit dur comme fer à ses règles, censées lui garantir une vie tranquille qu’elle contrôle totalement, et ne se rend même pas compte que les conseils de drague d’une de ses amies – à base de promenades de chien – n’existent que pour être oubliés et pas suivis à la lettre. Au final, Elsie pourrait paraître arrogante et sans cœur, elle est en fait totalement candide et terrifiée aussi bien par le célibat que par le risque de souffrir en amour.

Le film enchaîne les moments loufoques – la veillée funèbre du chat a ce petit goût d’absurde que je ne trouve que dans les films homo – et les moments plus rudes – le dîner du vendredi soir chez sa mère ou la soirée inaugurale de son ex, deux moments qui mettent Elsie face à ses erreurs – avec aussi des moments plus tendres, plus doux, quand l’émotion et les sentiments se montrent. Pas de scènes de sexe, juste des regards, des baisers, quelques gestes. Je précise car certains films homo sont parfois extrêmement directs et crus à ce niveau.

Transposition nous a proposé là un film plutôt agréable, bien joué et réalisé (ce n’est pas toujours le cas avec ce genre de films de niche !), avec une héroïne quarantenaire (pas si courant non plus) et une jolie brochette de personnages.
Cela interroge nos rapports à l’idée du couple, de son injonction à y souscrire sous peine d’être forcément malheureuse en tant que célibataire. Mais aussi à ce que vivre une relation avec l’autre demande, à ce qu’il se passe après les papillons dans le ventre du premier baiser…

Lien :
Le site officiel du film pour finir…

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