Lettre à mon utérus



Salut, mec.
Oui, ça peut paraître étrange que je genre au masculin l’organe reproducteur féminin par excellence mais, déjà, je ne pense pas que ce soit l’utérus qui fasse la femme, tout comme ce n’est pas sa capacité à faire des enfants, et puis surtout… t’es quand même un sacré emmerdeur qui la ramène toujours pour m’énerver pour rien. Franchement, c’est ressemblant !
Je vais même faire comme Nadia Daam dans le livre Lettres à mon utérus (que je viens de finir) qui avait donné un petit nom à son utérus : elle l’a nommé Britney, moi, je vais t’appeler Bob. Oui, comme l’éponge. On se comprend…
Parler à son utérus, drôle d’idée… Mais en même temps, on a déjà mis quelques siècles à parler DE l’utérus – et c’est pourtant pas le plus mal loti dans son domaine, hello clito – sans compter que tout.e possesseur.e d’utérus a sans doute eu un minimum d’expérience avec. Expérience souvent rude d’ailleurs…
En plus, il y a plein de gamins qui causent avec leur ami imaginaire, j’ai bien le droit de causer avec un organe que je ne peux pas voir ! Je sais même de sources sûres que tu n’es pas imaginaire. J’ai des preuves visuelles (il paraît que tu es très beau d’ailleurs)…

Pourtant, je t’avoue qu’au début, on s’est posé quelques questions à ton sujet, dans la famille. Tu as mis du temps à faire parler de toi. Pas que j’étais spécialement pressée, en soi, le peu que je savais des règles me semblait assez peu enviable. Mais voilà, toutes les copines avaient déjà reçu leur invitation à la fertilité et moi, je continuais à me trimbaler ma silhouette de gamine sans aucune forme à 15 balais. Encore une fois, je n’étais pas pressée de découvrir le monde doux et matelassé des serviettes périodiques, mais ça commençait à être vaguement vexant de continuer à porter du Petit bateau quand les copines papotent de leur bonnet de soutien-gorges.
Résultat, t’as eu droit à ton premier portrait photo. Et moi à ma première visite à l’échographie, à l’âge de 16 ans, pour vérifier que la plomberie n’était pas totalement foireuse. Faut comprendre mes parents, pendant la grossesse, on leur avait dit que j’étais un garçon. Catastrophe pour ma mère qui avait déjà galéré pour trouver deux prénoms masculins avant moi et n’avait plus d’idée… Finalement ma naissance avait apporté une bonne surprise !
Donc premier tirage de portrait à 16 ans. Apparemment tout était en place, t’étais juste une bonne grosse feignasse. Tu t’es vite rattrapé. J’imagine que ça t’avait vexé…

Ainsi, quelques mois plus tard, tu as fait ton premier coup d’éclat. Du très classique en soi mais pour la candide que j’étais, ça a été un peu traumatisant. Faut dire que t’as pas fait dans la dentelle. Un matin, mon bas de pyjama a changé de couleur : du bleu au rouge flashy ! Et dégoulinant… J’étais un peu en panique : moi j’avais compris que c’était juste quelques traces de sang, pas une flaque ! J’ai dû me rabattre en catastrophe sur les vieilles protections que ma mère gardait – en souvenir du bon vieux temps pré-ménopause j’imagine ? – dans un coin planqué. Redécouverte de la sensation de porter des couches à 17 ans. Un grand moment…
Puis, t’as continué ton bonhomme de chemin, me pourrissant régulièrement mes fringues, me flippant à mort à l’idée d’une fuite malvenue, plus les habituelles crampes au bide qui te font couiner le plus discrètement possible dans l’open space. La routine…

A 25 ans, bien que t’ayant rencontré tardivement, j’avais déjà une très forte envie de te rayer de ma vie. Définitivement. Bon, en tant que nullipare, j’avais peu de chance de pouvoir te dégager. Mais tes réveils sanguinolents (et abondants, merci, Bob !) me faisaient bien mal et vu que je galérais déjà avec des problèmes récurrents de maux de ventre, mon médecin a décidé de t’assommer avec une pilule continue. Non remboursée et qui me coûtait un bras chaque trimestre mais j’étais prête à ça si ça te calmait. Tu as continué à te faire remarquer mais plus rarement, plus sobrement. On aurait pu devenir copains si tu n’avais pas décidé dix ans plus tard de refaire ton intéressant ! Et parce que t’es un gros bourrin, tu te l’es joué Carrie au bal du diable. En séance longue. Sans entracte.
J’ai arrêté la pilule dont a priori tu avais appris à déjouer les tours et on a commencé à faire tourner les serviettes. Monsieur Vania et monsieur Nana ont pu se faire construire de nouvelles piscines grâce à mon fric et t’aurais pu les aider à les remplir (ami.e.s du glamour, bonjour !). C’est plus une cup qu’il m’aurait fallu mais un tonneau ! Mais bon, un tonneau, c’est un peu compliqué à mettre quand même… Surtout que je ne suis déjà pas souple…
Moi, comme une couillonne, je me suis dit que t’étais un bon gars quand même, et que t’allais bien finir par te calmer.
Tu parles. T’as lancé une invitation à Emilie l’anémie sévère et on est alors partis en tournée pendant deux ans !

Oui, deux ans. J’ai du mal à prendre rendez-vous chez le médecin pour ça, me retrouver quasi à poil avec Mr Canard dans la… le… tu vois quoi, ça a tendance à me stresser un peu et NON MADAME, J’ARRIVE PAS À ME DÉTENDRE !
Bon, quand j’ai commencé à changer de protections toutes les 10 minutes, je me suis dit qu’on allait avoir un léger souci d’exsanguination et c’était nettement moins sexy que dans les livres de vampires. Je sais qu’on dit qu’il ne faut pas être dégoûtée par le sang menstruel mais quand t’en as partout et que tu passes une partie de la nuit à tenter de faire partir cette délicate couleur rouge cochon sur ton slip, ton pyjama etc. et ce pendant 4 ou 5 nuits d’affilée, ça devient rapidement cauchemardesque.
Je me suis retrouvé fissa chez une chirurgienne qui m’a programmé une opération une semaine après. À jouer au con, t’allais te faire cramer la gueule, Bob, et c’était pas trop pour me déplaire même si l’idée de faire entrer un fer chauffé à blanc dans cette partie de mon anatomie avait un peu tendance à me stresser un poil, je t’avoue. Mais ça s’est bien passé, même si j’ai vomi sur l’infirmière au réveil, et j’ai appris ensuite que par la même occasion, non seulement ils t’avaient grillé la tronche mais en plus, ils avaient dégagé Jérôme le fibrome obèse que t’avais gentiment hébergé en sous-location sans m’en parler. Sans dec, Bob !

Depuis, a priori, t’as compris la leçon, et tu te tiens tranquille. Ou alors tu reprends des forces en préparant ta vengeance. La chirurgienne m’a dit que normalement non, même si on a vu que t’avais repris deux nouveaux sous-locataires indésirables lors de mon dernier rendez-vous. Tant qu’ils laissent pas leurs chaussettes sales traîner n’importe où et qu’ils se la jouent discrets, on dira rien, mec.
Fais pas le con, Bob ! Discipline-toi un peu, merde ! C’est plus de ton âge ces conneries ! D’ici quelques mois/années, tu vas être définitivement has been, alors que t’as déjà la gueule cramée. Je trouve en plus que je t’ai laissé tranquille sans jamais t’envoyer aucun locataire officiel, t’as quand même la belle vie ! Tu pourrais me remercier, non ?

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