Extravertis, si vous saviez…


New York Movie, Edward Hopper, 1939

Nous voilà partis pour un billet totalement imprévu, spontané, un billet d’agacement en réaction à un quotidien basique mais usant. Vous pouvez remercier beau-papa (qui en soi n’a rien fait de mal et n’aura jamais connaissance de ceci).

Les extravertis, vous êtes épuisants !! Je sais que vous ne pensez pas à mal et que vous ne le faites pas exprès mais… bon sang, pourriez-vous comprendre que tout le monde ne fonctionne pas comme vous ? Que ce qui vous semble un simple plaisir sympa peut s’avérer pour d’autres des épreuves plus ou moins difficiles à surmonter ?
Je ne déteste pas d’aller au restaurant, ça m’arrive même d’y aller régulièrement mais… pas n’importe quel restaurant, pas n’importe où, pas n’importe quel menu. Je supporte mal la foule, le bruit, la promiscuité, je ne peux pas manger n’importe quoi et je dois pouvoir rentrer chez moi rapidement après. Au cas où. J’évite donc les resto à perpète, les resto surprises, ceux dont je ne sais rien. Ce n’est pas que je ne veuille pas passer du temps avec vous (bon, c’est possible aussi), juste que j’ai des limites basses. Mais du genre basses rase-moquette.

Je déteste faire la conversation. La pluie, le beau temps, le bavardage de base… Non seulement je n’ai rien à dire et je suis incapable de rebondir la moindre info mais en plus, je m’en fous d’une force ! Tous ces mécanismes sociaux dont je vois chaque petit rouage tourner comme convenu me passent au-dessus de la tronche et j’y suis parfaitement imperméable. Ça me bouffe les nerfs, m’épuise, me donne envie de partir en hurlant des insanités ! Pas que je me sente supérieure à vous, du tout, au contraire : vous êtes capables de faire tellement de choses qui me paraissent inaccessibles. Vous arrivez à utiliser des codes qui me dépassent.
Vous croyez que ça me plaît de passer pour la relou qui rechigne et cherche des excuses (en plus, je déteste mentir alors ça se voit comme le nez au milieu du visage, ça en devient vexant) ? Pour la chieuse, la capricieuse, l’incapable, la faiblarde, la geignarde, la meuf qui ne fait pas d’effort ? Au point que j’en suis à préférer qu’on m’oublie et qu’on me laisse dans mon coin pour ne plus avoir à gérer toute cette gêne, cette honte, cette culpabilité de ne pas être suffisamment compétente face aux autres ?

Chacune de mes sorties est réfléchie, préparée. Je suis capable de prévoir une sortie en ville deux ou trois jours à l’avance, à noter le bus d’aller et de retour, chaque magasin dans l’ordre, de me jouer dans la tête le parcours, de me noter chaque chose à faire. Je le fais même sans y penser, ça me paraît évident. Mais je me doute que pour beaucoup, c’est un fonctionnement complètement inconnu, totalement exagéré. Oui, bien sûr, sans doute mais c’est le mien ! Je n’ai pas choisi d’avoir l’angoisse comme compagne quotidienne. Je n’ai pas choisi de me faire des nœuds au cerveau pour la moindre décision. Je n’ai pas choisi de m’inquiéter pour le moindre repas de famille, le moindre accroc dans ma routine.
J’ai un événement prévu dans deux semaines et j’y pense depuis un mois. Je ne peux pas m’empêcher de douter de pouvoir y arriver. De passer encore pour la ratée incapable d’un truc aussi basique et qui va mettre tout le monde dans l’embarras.
J’ai une copine au tir à l’arc qui ne cesse de m’inviter chez elle pour papoter et je reste floue, vague pour ne pas avoir à répondre clairement parce que je flippe à l’idée d’avoir un souci là-bas (sans compter le fait de peut-être devoir affronter un nouveau coming-out, c’est épuisant également). Parce que je sais qu’elle n’imagine pas que derrière ma façade de brave adulte responsable, je suis une passoire de doutes et de stress.

Il y a le climat actuel, cette fichue élection et tout ce qu’elle transporte de cynisme, de violence, d’agressivité, de promesses d’un avenir foireux, qui me bouffe les nerfs et me fragilise au point que j’enchaîne les crises alors que je n’en faisais quasi plus et même que je sois incapable de finir une BD géniale mais trop anxiogène (Carnet de santé foireuse de Pozla, énorme mais elle me vrille le ventre). Une BD, mesdames messieurs, quand même !
Il y a le festival d’Annecy qui approche, qui me réjouit et me terrifie en même temps car je sais qu’il va m’épuiser, me fragiliser encore plus, me rendre malade peut-être. Une semaine pendant laquelle je serai encore en équilibre totalement instable entre ma joie de participer et de découvrir des films enthousiasmants, de rencontrer des créateurs/trices renversant.e.s, et ma terreur de connaître de nouvelles crises à force d’avoir trop poussé.

J’ai peur, merde, j’ai peur, constamment, même si ce n’est parfois qu’une toute petite voix au fond de moi, elle est toujours là, et à la moindre occasion, elle peut sortir, balayer mes efforts des dernières années, tout ruiner, me foutre dans un tel état de panique que j’en suis à vouloir tout arrêter, définitivement.
Alors oui, les extravertis, vos injonctions m’épuisent, et votre incompréhension également. De même que vos tentatives de forcer, coûte que coûte, comme si on faisait juste preuve de mauvaise volonté et qu’il fallait nous pousser un peu. Vous ne pouvez sans doute pas comprendre, de même que moi je n’imagine pas enchaîner des activités, un repas entre copains le midi, un ciné puis une sortie le soir pour bien finir la journée. Ça doit être sympa de pouvoir vivre comme ça sans s’inquiéter du moindre détail, sans avoir à planifier tout à l’avance pour tenter de gérer l’imprévisible, je n’en doute pas mais je ne peux même pas l’imaginer sans sueurs froides. Ce qui vous paraît comme anodin, basique, du pur loisir sans stress, du simple quotidien sans histoire, mon angoisse le transforme en montagne à gravir, en Everest infranchissable.
C’est d’autant plus culpabilisant et humiliant que c’est basique, justement. Se liquéfier pour la moindre broutille… L’humiliation constante qui te plaque au sol et te donne juste envie de te rouler en boule en ne sachant pas comment te refoutre sur tes pieds pendant que ton cerveau gamberge, rabâche, semble tout faire pour te laisser collée par terre. Est-ce que je me victimise, que je me complais dans mes failles, que je me plains de détails ? Peut-être, je n’en sais rien, justement. J’ai eu trop peur, trop mal pendant des années. Tout est un danger, une crise peut se déclencher pour quasi rien. Tout autour de moi me paraît impossible, ingérable, comme des marais boueux à 360° qui menacent de m’engloutir au moindre pas.
Là où tant d’autres affrontent bien pire dans des conditions bien plus difficiles, je reste mortifiée sur place…

Si vous croyez que tout ça m’ouvre l’appétit pour vos fichus restaurants, franchement…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s