Et maintenant ?



En 2012, j’avais mal vécu la campagne présidentielle et je ne pensais pas qu’on pouvait faire plus violente et anxiogène. La campagne américaine avait aussi eu son lot de saletés, avec en bouquet final la victoire de Trump, et on n’imaginait pas pouvoir faire pire. Mais nos politiques français semblent prendre à cœur de relever ce genre de défis stupides plutôt que de se préoccuper du sort de leurs concitoyens. Défis brillamment remportés cette année, haut la main ! Nos angoisses vous remercient…

On en a fini pour cette fois-ci, jusqu’à la prochaine. La démocratie ne semble jamais pouvoir en sortir grandie, mais à chaque fois plus fragile, plus fragmentée, plus porteuse de désillusions, de désabusement, de colère.
J’ai participé à cette mascarade en aidant à l’élection d’un mec dont je méprise autant les idées que la mentalité générale. Je n’ai aucun espoir le concernant. Je me demande juste s’il sera plus incompétent que destructeur ou les deux… Mais j’ai fini par m’y résigner par peur. C’est moche de voter par peur. Ca laisse un sale goût dans la bouche. Un goût de renoncement, de défaite, de fatalisme, de désespoir. Autant de choses patiemment cultivées pour qu’on ne pense même plus qu’autre chose est possible.

La menace était grande, certes, mais elle reste toujours là. Même battues dans les urnes, les idées de l’extrême-droite sont de plus en plus présentes et installées dans les esprits. Plus de 11 millions ont fait ce choix lors de ce deuxième tour.
11 millions.
Qui ne vont pas disparaître juste parce que l’autre camp a gagné. Bien au contraire. Ils peuvent changer de nom de parti, de visage, de lieutenants, de méthodes, leurs idées restent et imprègnent chaque esprit, chaque minute de débat, chaque colère, chaque faiblesse, chaque trou laissé béant par une société déshumanisante et cynique. 11 millions de personnes, racistes, sexistes, homophobes, etc. ou pas, ont donné carte blanche à un parti raciste, sexiste, homophobe, etc. C’est déjà énorme, terrifiant.
Mais croire que seules ces personnes partagent ces idées nauséabondes ne serait que pure naïveté ou hypocrisie. Voilà des années que ces mêmes idées sont brassées, incorporées, validées, dédiabolisées, intégrées. On trouve aujourd’hui finalement tout à fait acceptable de discuter du droit d’existence et de liberté d’autrui qui a eu la mauvaise idée de ne pas être né dans le bon pays, d’avoir la bonne religion, la bonne culture, la bonne couleur de peau ou l’orientation sexuelle majoritaire. Normal de se demander si l’autre mérite de trouver une vie sans crainte d’un missile qui rase sa maison, des mois de torture, des emprisonnements injustifiés, sans crainte de voir ses enfants crever de faim ou devoir faire le trottoir pour survivre. Alors qu’il ne devrait pas y avoir à discuter. Mais on trouve ça normal de débattre de la survie d’autrui sous prétexte d’une sécurité promise au prix de notre liberté, de notre intégrité, de notre humanité.
A partir de là, même une défaite un soir d’élection reste une victoire pour l’installation d’idées qui n’ont cessé d’être semées au fil des années avec complaisance et fascination. Combien de temps va-t-on continuer à s’auto-congratuler de tel barrage, de tel front républicain quand dès le lendemain, on reprend le processus d’essentialisation de la pseudo-menace, de culture de la peur de l’autre dont on imagine toujours qu’il va d’autant plus nous nuire qu’il est différent de nous ? Quel monde espère-t-on construire, basé sur le mensonge, le cynisme, le mépris, l’intolérance ?
J’ai voté par peur. Je n’en suis pas fière. Mais cette peur reste toujours là. Les idées de haine et de rejet sont toujours d’actualité, plus que jamais. En France comme ailleurs. Et je doute que nos dirigeants aient réellement envie de lutter contre tant elles leurs conviennent et leur servent à garder leur main-mise sur nous.

Mais au delà de cette première peur, viscérale, il y a aussi celle incarnée par l’homme nouvellement élu. Propulsé à la tête d’un état qu’il s’imagine diriger comme une start-up ?
Alors… et maintenant ? On fait quoi quand on a dû voter contre ses principes par peur d’un régime haineux et anti-démocratique et qu’on y « gagne » à la place la continuation d’un gouvernement qui a fait la loi Renseignement, l’état d’urgence permanent, la loi Travail, les assignations à résidence de militants écologistes, les répressions des manifestations, l’acceptation de la violence policière, la maltraitance des réfugiés, qui a enterré sans aucun scrupule de belles promesses, qui a courbé l’échine face aux réac de la Manip pour tous, qui n’a eu aucun courage face au défi environnemental ?
On fait quoi face à un homme qui n’a pas caché que détruire le code du Travail était son premier objectif, tout comme casser les quelques services publics qui subsistaient, prônant la « beauté » de la valeur travail à tout prix, quitte à oublier tous les boulots pourris, mal payés, mal considérés, usants, éreintants, aliénants ? Quitte à oublier que le travail ne devrait être qu’une fraction de la vie et pas la vie dans son intégralité ?
On fait quoi face à ça quand on vit dans une petite ville de droite, qui a voté Sarkozy, Wauquiez, Fillon, Accoyer avec aucune chance d’avoir un député proche de ses idées ? Quand on n’est pas taillé.e pour les manifs ?
On fait quoi pour ne pas devenir désabusé.e et fataliste, dégoûté.e par son sentiment d’impuissance ?
On fait quoi pour que ce ne soit pas encore pire en 2022 ?

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