L’étape du coming out



Idée du jour, un petit billet sur le coming out. Qui est, je le rappelle pour les trois distraits du fond, le fait d’annoncer à quelqu’un le fait qu’on est gay/lesbienne/bi/pan/trans/queer (et autres possibilités du spectre LGBTQI+). Une étape souvent redoutée, plus ou moins selon le contexte.

La chose la plus importante à dire me semble-t-il, c’est que : rien ni personne n’a le droit de vous obliger à faire votre coming out. Ça doit être votre décision, pleine et entière. Même la personne avec qui vous relationnez n’a pas à vous forcer à ça. Certes, peut-être qu’il/elle va prendre ça pour un manque d’implication de votre part, un refus de vous engager, une honte, une invisibilisation de votre relation, peut-être que cela le/la fait souffrir. Mais cela ne lui donne pas le droit de vous forcer la main (et encore moins de vous outer à votre place). Par contre cela mérite une discussion sérieuse et honnête entre vous. Si l’autre souffre, il y a quand même un souci à résoudre…

Aucune obligation, donc. Plein de LGBT n’ont jamais vraiment fait leur coming out, du moins pas d’annonce officielle établissant les choses. Il y a plein de très bonnes raisons de ne pas passer par cette étape et c’est à chacun.e de faire son choix. Et de la même manière, on peut décider de faire un coming out à certaines personnes et jamais à d’autres. Ce n’est pas du tout ou rien.
Ah oui, parce que le grand jeu du coming out, c’est que ça dure toute la vie. Vous n’en ferez sans doute pas qu’un. A chaque nouvelle rencontre, nouvelle situation se posera potentiellement la question « Est-ce que je le dis ou pas ? ». Nouveaux collègues si on veut/peut être open dans son travail, nouveaux ami.e.s, nouvelles arrivées dans la famille… Sans compter les personnes à qui vous l’avez déjà dit mais qui n’ont toujours pas vraiment percuté ou ne vous croient pas. Le coming out c’est un peu comme le Palmolive vaisselle : quand y en a plus, y en a encore ! (Les ravages de la pub…)

Mais voilà, à un moment donné, peut-être ressentirez-vous le besoin de le dire. Que ce soit par militantisme, par amour, par envie de sincérité, par besoin d’être clair.e, par ras le bol des questions indiscrètes, etc. Parce que non, l’orientation sexuelle n’a pas spécialement à être confinée au domaine privé : les hétéros crient leur hétérosexualité sur tous les toits constamment, en parlant de leur copine/copain, de leur famille, de leur mariage, de leur divorce, de leur femme/mari, de leurs enfants, de leurs vacances, de leurs week-ends, etc.
(Et j’ai déjà parlé de l’importance du coming out pour la visibilité LGBT dans ce billet.)
Vous ne trouverez jamais de mode d’emploi unique et valable dans toutes les situations. Tout dépend vraiment du contexte et des personnes. Mieux vaut néanmoins se lancer uniquement quand on est à peu près sûr.e de soi, relativement solide et assumé.e. Annoncer par exemple que vous êtes lesbienne alors que vous avez encore de gros doutes et que vous êtes un peu paumée, c’est risquer que la personne en face le sente, ne vous croit pas ou fasse tout pour que vous reveniez sur votre annonce. Pas l’expérience la plus agréable…
Bien sûr, rien n’empêche non plus d’en parler avec quelqu’un de sûr qui peut vous aider à y voir plus clair si vous êtes en plein questionnement. Si vous devrez faire ce cheminement intérieur seul.e, rien n’interdit un petit coup de main en cours de route…

A chacun.e ensuite de trouver à qui l’annoncer. Le plus important : ne pas se mettre en danger. Si vous doutez que la personne en face de vous réagisse bien, mieux vaut peut-être reporter à plus tard si cette personne peut vous faire du tort. Un.e ami.e qui risque de vous outer (de le dire à tout le monde sans votre consentement), de vous humilier (gaffe au cyber-harcèlement), un parent qui peut vous couper les vivres/vous menacer/vous mettre dehors, etc. Le mieux reste encore de pouvoir le dire quand la personne, même si elle vous rejette – ce qui fera sans doute mal, je ne vais pas vous mentir – ne peut pas vous nuire.
En fait, on est parfois surpris par les réactions des gens. En bien comme en mal, mais souvent en bien.

Personnellement, je suis ravie de ne pas l’avoir compris pendant mes études. Je ne sais pas comment j’aurais réagi et clairement, je ne l’aurais dit à personne. Peut-être que ça m’aurait évité quelques expériences sentimentales foireuses, certes, mais bon…
Quand j’ai commencé à le comprendre et l’assumer, j’étais déjà salariée et vivais dans mon propre appartement. Je n’avais pas encore de copine, ni eu aucune expérience mais il n’y a absolument pas besoin de ça pour être légitime.
Vous n’avez pas besoin d’avoir « essayé » pour pouvoir vous dire homo/bi/pan. On parle de votre vie, pas d’une bagnole.

Je l’ai d’abord annoncé à un de mes frères, par téléphone, puis à des amis dont certains m’ont fait en réponse leur propre coming out… Une autre a eu une réaction maladroite, par mail « Me dis pas que t’es gouine ?! », suivi d’un « Ça ne me dérange pas du moment que tu ne me dragues pas » (un classique !) mais rien de grave. Une enfin a buggué et répondu à mon courrier par 20 pages imprimées de blagues. Je crois que c’est la manifestation la plus claire de « Je ne sais pas quoi dire ».
Puis j’ai commencé à sortir avec ma copine et à devoir mentir à mes parents sur mes activités du week-end et mes nombreux SMS du repas de Noël tandis que mon frère me regardait avec un petit sourire entendu. Comme je ne voulais pas non plus que mes parents s’inquiètent outre mesure en se faisant des films, j’ai pris mon courage à deux mains un soir en rentrant du boulot.
On ne va pas se mentir, ça n’a pas été un bon moment. Entre mon père parti se réfugier dans son bureau avant mon arrivée parce qu’il ne voulait pas entendre ce que j’avais à dire et ma mère les yeux plein de larmes, je n’en menais franchement pas large. Je n’avais pas la moindre idée de leur avis là-dessus vu que c’était un sujet dont on n’avait jamais parlé. Je savais juste qu’ils ne pouvaient rien contre moi, au pire, juste refuser de me revoir. J’étais très mal après coup, même si ma mère ne m’avait clairement pas rejetée, ça avait été très douloureux. Moi qui pensais être soulagée ensuite… pas vraiment, non.
Mais voilà, il m’avait fallu trois ans pour accepter, je me devais de leur laisser le temps de digérer la nouvelle. Il a suffi de quelques semaines pour que les choses avancent, et aujourd’hui, 17 ans après quand même, ma mère discute régulièrement avec ma copine par mail ou par téléphone, on est invitées ensemble pour les voir, il n’y a aucun souci.
Juste… on n’en parle pas. On n’aborde jamais le sujet. Rien que la discussion sur la loi du Mariage pour tous a été écourtée parce qu’ils tiquaient clairement dessus. Pas du genre à aller manifester contre dans la rue – tout de même ! -, juste un ensemble d’idées un peu vieillottes sur le mariage et les traditions. Chacun son époque (même si plein de personnes d’un certain âge peuvent être nettement plus modernes dans leur mentalité qu’on ne se l’imagine)…
Je n’ai plus fait de coming out à d’autres membres de ma famille. Je ne sais pas vraiment qui sait, qui ne sait pas et je m’en fous. Pour ce que je les vois… Je reste tout de même un peu déçue d’ être apparemment la seule LGBT dans la famille mais bon…

Côté boulot, je l’ai dit à l’époque à quelques collègues. Qui m’ont tous conseillé de ne pas trop l’ébruiter. Bonne ambiance. Pour d’autres, j’ai inventé un copain imaginaire les rares fois où j’ai pu avoir des questions dessus. Je n’étais déjà pas bien dans ce job, pas la peine d’en rajouter une couche. Comme maintenant, je travaille à mon compte, la question ne se pose plus…
Mais de temps à autre, la question se pose dans le reste du quotidien. On rencontre de nouvelles personnes et si on lie connaissance… Que faire ?
Ce sera comme ça tant que la situation ne se sera pas totalement banalisée dans les esprits. Tant qu’un.e ado va flipper à l’idée de présenter son copain/sa copine à sa famille. Tant qu’on devra continuer à déployer des trésors d’inventivité dans l’utilisation de pronoms dans une discussion pour ne pas avoir à dévoiler le genre de la personne avec qui on est. Tant qu’il y aura encore de quoi remplir plusieurs bus pour manifester contre nous dans la rue. Tant que notre société sera un modèle d’hétérosexisme où on est par défaut perçu.e comme hétérosexuel.le.
(Quelques témoignages de LGBT sur le coming out dans le milieu professionnel dans cet article.)

Le coming out peut être salvateur, fortifiant, épanouissant, déculpabilisant… mais il reste une étape parfois risquée qu’on ne peut pas forcément assumer à tous les coups. Je ne conseille aucunement de rester dans le placard si on y étouffe mais il ne faut pas non plus prendre des risques inutiles par obligation. Le plus important reste d’être honnête avec soi-même et de savoir à quoi s’en tenir. Ça peut prendre du temps, être très douloureux mais il n’y a qu’à ce prix-là qu’on peut avancer.

Et oui, vous aurez sans doute droit aux remarques habituelles :
– « Ce n’est qu’une phase » : peut-être. Et alors ? Ça me rend moins légitime pour autant ? J’évoluerai dans le temps mais là, maintenant, je t’annonce ça, c’est tout. Et ce n’est pas un défaut alors où est le problème ?
– « Tu es trop jeune pour savoir » : beaucoup le savent avant même leur dixième anniversaire. D’autres finiront par le découvrir à 40 ans passés. Et alors ? C’est une raison pour balayer ça ?
– « Qu’est-ce qu’on a raté ? » : rien. Je ne suis pas malade, je n’ai aucun dysfonctionnement à guérir. Tout va bien. Je ne suis pas devenu.e marchand d’armes ou trader non plus, quand même…
– « Mais pourquoi ? » : je trouvais qu’on manquait un peu de diversité dans la famille ! (Ou plus simplement si l’ironie ne passe pas : « Parce que. »)
Après tout, les parents doivent faire leur deuil de l’enfant qu’ils imaginaient. A eux de faire leur part du chemin et ça peut prendre du temps.
Dans tous les cas, protégez-vous, entourez-vous, il y a certainement plein de gens pas loin de vous qui peuvent vous soutenir. Et si jamais, aujourd’hui il y a aussi internet, ses forums et ses sites qui peuvent vous aider. Ne vous mettez pas la pression.

Si jamais :
– vous avez l’association Contact qui organise des réunions ouvertes à toutes/tous, des groupes d’écoute et de parole où LGBT et familles concernées peuvent échanger. Je vais régulièrement à ceux de Contact Haute-Savoie et j’y vois notamment des parents un peu largués, parfois en pleurs, qui viennent y trouver du réconfort et des réponses à leurs questions suite au coming out de leur enfant. C’est vraiment très utile. Aucune obligation de parler, on peut ne faire qu’écouter, c’est très bienveillant, pas de jugement, pas de bonne morale. Il y a des antennes dans pas mal de départements.
– au pire du pire, en cas de rejet par votre famille, vous avez le Refuge. Je ne suis pas forcément fan de toutes leurs manières de faire mais si vous vous retrouvez à la rue, ils peuvent peut-être vous aider à au moins avoir un toit au dessus de votre tête et du temps pour vous retourner. Il y a désormais plusieurs antennes en France et en Suisse.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s