The Carmilla Movie


Hier 26 octobre 2017, journée importante pour tous (toutes ?) les Creampuffs de la planète : la sortie du film Carmilla. Mais si vous ne faites pas partie de la communauté des Creampuffs, vous avez sans doute besoin de quelques explications…
Carmilla est une web-série en 3 saisons totalisant 108 épisodes (3×36) plus une saison 0 de 12 épisodes. Chaque épisode faisant entre 2 et 16 mn. Vous pouvez les trouver sur la chaîne Youtube de KindaTV, et la plupart des épisodes sont sous-titrés en français. C’est une très libre adaptation du livre de Sheridan Le Fanu, Carmilla, sorti en 1872 (avant le Dracula de Bram Stocker paru en 1897), à la différence notable que la version écrite est évidemment assez lesbophobe (l’amour lesbien, c’est maaaaaal, voyons) là où la version actuelle est une véritable ode à la représentation LGBT, à la diversité… et aux productions au budget misérable.

Chaque épisode n’est en fait qu’un plan fixe d’une caméra devant laquelle l’héroïne, Laura Hollis (jouée par Elise Bauman), nouvelle étudiante de la Silas University en Styrie (Autriche) tient chaque jour un vlog. Tout débute quand sa camarade de chambre, Betty, disparaît sans que cela ne semble gêner personne. Laura, ayant regardé tous les épisodes de Veronica Mars, y voit l’opportunité d’exercer ses talents de journaliste d’investigation en devenir. Elle n’apprécie guère la nouvelle copine de chambrée qu’on lui assigne, Carmilla (jouée par Natasha Negovanlis), dont elle découvre assez rapidement le penchant pour les fraîches et ingénues étudiantes et surtout pour leur carotide.

120 épisodes plus tard, Carmilla est redevenue humaine et sa « mère » démoniaque a été défaite. Laura et l’ex-vampire forment un heureux couple, surnommé « Hollstein » (Laura Hollis et Carmilla Karnstein), après d’innombrables rebondissements, trois ou quatre ruptures, autant de rabibochages torrides, de fougueux baisers à l’écran, une rencontre avec Papa Hollis (l’excellent Enrico Colantoni, qui était également le père de Veronica Mars), une grosse dose d’humour et une énorme cuillerée d’émotion.
La web-série totalise des millions de vues sur Youtube et à la fin de la saison 3 en octobre 2016 est annoncée la mise en chantier d’un film, comme un gros cadeau offert à la fanbase (les Creampuffs, donc) qui n’a fait que grossir au fil des saisons. Il y a très vite possibilité de participer à son financement avec plusieurs offres sur le site officiel, histoire de pouvoir profiter d’une sortie en avant-première et de quelques bonus. Pour ma part j’ai fini par craquer pour le bundle Journalist et donc hier matin, en allumant le PC, j’avais un mail me filant le lien pour aller découvrir le film…

Beaucoup d’attente pour ce long métrage, notamment avec l’annonce d’une guest de choix : Dominique Provost-Chalkley que l’on connaît pour son rôle de Waverly dans Wynonna Earp (autre prod canadienne au budget assez mince d’ailleurs). Si l’annonce du film était un cadeau pour les fans, cette recrue de rêve est carrément une énorme cerise sur un déjà bien joli gâteau (si vous me suivez, vous connaissez mon AMOUR pour Wynonna Earp et pour Waverly).

C’est donc avec fébrilité (et après 1h30 de combat technologique acharné pour réussir à avoir le film avec les sous-titres anglais, seuls dispo pour le moment, sur la TV) que je me suis installée devant mon écran. Et le résultat est plutôt à la hauteur de ce que j’espérais. Même si j’ai eu un peu de mal avec les sous-titres justement, donc en anglais mais surtout un peu décalés en avance par rapport au film donc pas évidents à suivre. J’ai sans doute loupé quelques petites choses. Mais qu’importe… Ça n’a pas réussi à gâcher mon plaisir de retrouver la joyeuse troupe de Carmilla.

Nous voici cinq ans après la fin de la série. Laura et Carm vivent ensemble, cette dernière continuant d’apprécier la redécouverte des petits plaisirs de son humanité retrouvée: la nourriture, le soleil, le sexe. En gros. Laura est de son côté devenue journaliste, avec Kirsch et Mel. Pas vraiment épanouie dans son boulot à la rubrique « Nouvelles locales » mais bon… Quant à Lafontaine et Perry, ielles ont monté une boîte de recherches paranormales.
Mais depuis quelque temps, Laura fait des cauchemars où elle se retrouve dans une vieille maison, en costume d’époque, où elle ne semble pas vraiment elle mais une autre (et je viens de faire une blague involontaire…) et où Carmilla veut lui goûter de nouveau la carotide. Le souci étant qu’une fois réveillée, elle découvre que Carm a effectivement les canines qui repoussent. La troupe part donc en Styrie, là où tout a commencé à partir en vrille pour Carm la ténébreuse vampire quand elle a rencontré Elle, son premier amour, voilà 150 ans…

Bien évidemment, on n’est plus là avec un simple plan fixe mais avec plusieurs caméras et angles de vue, pour une réalisation plutôt agréable, fluide et élégante.
Découvrir le quotidien de Hollstein dans leur appartement (gigantesque, on est d’accord ?) de Toronto est le genre de petit plaisir qui fera glousser tou.te.s les Creampuffs. On retrouve tout de suite l’alchimie de ce groupe d’amies (elles sont 6, dont un mec, Kirsch, et une personne non-binaire, LaF, j’accorde à la majorité donc au féminin), avec toujours cette bonne dose d’auto-dérision, de bonne humeur et de paranormal à la Buffy.
Si Carm pensait pouvoir faire table rase du passé pour pouvoir profiter de sa nouvelle vie de mortelle, elle va devoir changer ses plans d’avenir : les horreurs de son passé, genre « avoir gagné l’amitié amoureuse de jeunes filles pour les offrir en sacrifice à sa « mère » démoniaque », ne peuvent pas s’effacer aussi facilement.
Quant à Laura, son insatisfaction face au succès plus que limité de sa « brillante » carrière de journaliste – on est encore assez loin de Loïs Lane et de son prix Pulitzer –  ne doit pas l’empêcher de continuer à s’accrocher et de se battre sans se décourager. Pas facile d’être une adulte…

Et puis, il y a Elle, l’ancien amour de Carm. Dont on a donc appris il y a déjà quelques mois qui’elle allait être interprétée par Dominique Provost-Chalkley (quand les Earpers se mêlent aux Creampuffs…).
Elle nous livre ici une jolie performance, bien éloignée de son rôle de la lumineuse et optimiste Warverly Earp. En fait, on est plutôt là face à un mélange entre Gooverly et Black Widow M. pour ceux/celles qui ont vu la saison 2 de Wynonna Earp : instable, revancharde, déterminée, enjôleuse et très très énervée quand on la contrarie. Elle parvient à s’intégrer à un cast déjà bien rodé avec facilité et l’alchimie avec les autres personnages se fait très naturellement.
Et ça fait plaisir également de ne pas avoir droit à un basique triangle amoureux foireux où l’une essaierait de reconquérir son amour perdu en pourrissant sa rivale moderne. L’équipe avait dit à la Comic Con de New York que ce n’était pas le propos du film et c’est une très bonne chose.
Les autres rôles ne sont pas en reste, je pense principalement aux sœurs Bronte qui apportent une profondeur supplémentaire agréable (principalement Charlotte, jouée par Grace Lynn Kung).
Et évidemment, il y a LaF (Kaitlyn Alexander), Perry (on ne la voit pas énormément mais je trouve qu’Annie Briggs est une actrice d’une grande intensité…), Mel (Nicole Stamp… Sa tenue durant le bal, oh là là !!) et Kirsch (qui prouve que dans un cast très majoritairement féminin, on peut jouer le seul mec sans être un gros nase qui veut toujours voler la vedette, merci Matt O’Connor). Ainsi que deux autres dont je ne parlerai pas mais qui font très plaisir à revoir…
(D’ailleurs, regardez tout le générique de fin… Je dis ça comme ça…)

Peut-on parler de cette fabuleuse tenue de Mel ?

Alors, finalement, ce passage de websérie de quelques minutes à long métrage (diffusé dans quelques salles canadiennes d’ailleurs, j’imagine l’ambiance !!) ? Pas de déception. On retrouve toute l’atmosphère pas prise de tête de la série, l’humour, les références geek, les longs regards plein de sous-entendus entre Laura et Carm, et on a même droit à une scène qui fait quelque peu monter la température !
Ces 1h34 sont une grosse bulle d’amour, de fraîcheur, d’enthousiasme et de réconfort. Et un film dont les deux héroïnes sont queer, ainsi que leurs interprètes, c’est quand même trop rare pour ne pas être signalé (et ouvertement soutenu !!).

Car que ce soit ce film, la websérie ou d’autres comme Wynonna Earp ou Orphan Black (toutes canadiennes d’ailleurs), on y retrouve quelque chose qui me semble extrêmement important : une sorte d’évidence naturelle face à la diversité.
Les relations entre Laura et Carmilla, Waverly et Nicole ou Cosima et Delphine ne sont pas traitées comme des relations homosexuelles… mais comme des relations à part entière. Ces personnages n’existent pas uniquement au travers du prisme de leur orientation sexuelle, ce n’est qu’un élément parmi d’autres. Laura aime fouiner et aider, Carm est une vampire repenti de 300 ans, Waverly vit dans l’ombre de sa/ses sœurs, subissant le poids du patronyme Earp et tente de s’y faire un prénom avec son intelligence et sa persévérance, Nicole est adjointe au shérif et croit profondément à ses valeurs, Cosima est une scientifique à l’agonie et Delphine est prête à tout pour atteindre ses objectifs. Elles ne sont pas juste là parce qu’elles craquent sur d’autres femmes.
Et on a besoin de ça ! D’une représentation des LGBT pas là juste parce qu’ils/elles sont LGBT mais qui soient des personnages complexes, travaillés, construits, multi-facettes. Pas juste des prétextes pour mettre en scène des fantasmes d’hétéros ou des clichés foireux.

Et pour permettre ça, il faut soutenir les productions qui le font. Dont Carmilla. Petite prod, petit budget… Autant que possible, mieux vaut éviter de pirater si on veut avoir accès à d’autres choses par la suite.
Pour ma part je n’ai utilisé pour illustrer ce billet que des images disponibles sur le compte twitter officiel ou sur la chaîne Youtube KindaTV.

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